LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE III
tueuses et si longues, en liant TOcéan à la Méditerranée et le Nord au Midi, avait opéré une sorte de révolution maritime et commerciale. Quelques villes méridionales avaient entretenu des relations avec l'Italie, Chypre et TOrient; quelques villes du Nord avaient échangé leurs produits avec TAllemagne et la Flandre. Plusieurs marchands italiens étaient venus s'établir en France, y tenir des comptoirs, y faire la banque, et Philippe le Hardi leur avait donné Tautorisation d'exercer librement leur industrie dans tout le royaume, à condition de venir se fixer à Nîmes et d'appeler à eux toutes les marchandises de leur pays. Cette transaction, qui créait une sorte de monopole en faveur de ceux qui l'avaient obtenue, devint une source de grands bénéfices pour le domaine du roi, dont Nîmes faisait partie, et Philippe le Bel, que cette considération ne pouvait trouver insensible, s'empressa de faire respecter, par tous les moyens en son pouvoir, les conventions conclues entre son père et les marchands italiens. En 1297, les marchands du Hainaut, en 1304, les marchands du Brabant, obtinrent également, moyennant un payement de droits assez considérables, des privilèges en vertu desquels ils purent, comme les marchands italiens, commercer librement dans toute la France. Il en fut de même pour les Portugais, à qui Philippe le Bel accorda aussi un traité de commerce, à condition de débarquer exclusivement au port d'Harfleur, qui était alors le rendez-vous des bâtiments de tout le monde connu. Tous ces traités avaient principalement pour résultat d'enrichir la France de produits étrangers, et surtout de créer pour le trésor royal des revenus considérables, par suite des droits auxquels étaient soumis
ceux à qui élait ainsi accordée la libre entrée de nos ports. Quant à l'exportation des produits français à l'étranger, elle devint, au contraire, l'objet d'entraves de toute sorte, surtout de la part des producteurs indigènes, qui les voyaient avec peine sortir trop facilement de France, sans trouver dans l'importation des produits étrangers une compensation suffisante à leur abandon. Ce fut principalement sur l'exportation des draps français en Italie que l'opposition des drapiers du Midi se manifesta avec le plus de force. Ils allèrent même jusqu'à offrir au roi de lui payer une somme proportionnée aux ventes qu'ils feraient de leur marchandise, s'il en prohibait expressément la sortie. Bien que cette prohibition dût priver le trésor de droits de douane importants, Philippe le Bel trouva dans la remise proportionnelle qui lui était promise sur chaque vente de drap un tel avantage, qu'il accéda au désir exprimé par les marchands drapiers. De la part de ces derniers il y avait, dans la provocation d'une telle mesure, un sentiment louable d'or- .gueil et de protection pour l'industrie nationale, trop facilement livrée à la manipulation étrangère. De la part du roi, la concession faite aux fabricants indigènes n'avait malheureusement d'autre mobile que l'espoir de bénéfices considérables sur les ventes à l'intérieur des draps ainsi retenus.
Tel était, au reste, toujours son point de vue : chose bien remarquable, presque toutes les grandes mesures qu'il a prises ont eu pour objet principal l'augmentation de ses revenus: à plus forte raison en a-t-il été de même des choses secondaires. Ici nous quittons le grand commerce international pour dire quelques mots des corporations industrielles. Ces corporations