‹ Philippe le BelChapitre 67 sur 242 · LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE III

se composaient des gens de même métier : il y avait les corporations des tailleurs, des brodeurs, des tisserands, des drapiers, des fourreurs, etc. Pour être admis à faire partie de ces corporations, c'est-à-dire à tenir boutique ouverte et à exercer un métier, il fallait d*abord être reconnu apte à la maîtrise, les maîtres étant seuls incorporés; puis, surtout, payer un droit représentant le prix du métier, dont moitié était pour le roi et moitié appartenait à la corporation. Sous Philippe le Bel, le nombre des corporations fut sensiblement augmenté, par suite de l'importance croissante de certains métiers, qui, en se subdivisant, donnèrent lieu à de nouvelles niaîtrises et, par conséquent, à de nouvelles perceptions d'impôts. Ainsi les tailleurs se divisèrent en tailleurs ordinaires et en tailleurs de robes fourrées, qui formèrent une corporation nouvelle ; ainsi les fabricants de chapelets formèrent plusieurs subdivisions, selon la nature des matières par eux employées dans leur fabrication.

Si le grand commerce avait quelque chose à souffrir des entraves dont il était entouré, le commerce de détail, c'est-à-dire des objets de luxe et de fantaisie, avait déjà pris à cette époque un très-grand développement.

Philippe le Bel alla même jusqu'à faire quelques tentatives qui, de nos jours, ont été renouvelées, au sujet de certaines libertés industrielles. On a remarqué, par exemple, qu'il avait, un jour, accordé à tout le monde le droit de faire du pain, au mépris des privilèges de la corporation des boulangers. D'autres concessions de même nature s'appliquèrent à d'autres genres de production et persistèrent pendant tout son règne. Mais ses successeurs revinrent sur ces

mesures, dont ils comprirent rinconvénienl ou Tinopportunité.

On voit, par tout ce qui précède, avec quelle activité ce roi réformateur s'occupait des moindres détails, et combien il savait mêler même les choses les plus humbles aux grandes combinaisons politiques dont il rêvait la réalisation. Il alla jusqu'à vouloir régler le costume et même la table de chaque classe de ses sujets. Une loi de 1294, loi somptuaire s'il en fût jamais, offre sur ce point les plus curieuses révélations. Voici, entre autres choses, ce qu'on y lit textuellement :

• 1° Nulle bourgeoise n'aura char. — 2<* Nul bourc geois ne bourgeoise ne portera vair, ne gris, ne € ermines, et se deslivreront de ceulx que ils ont, de € Pasques prochain en ung an; ils ne porteront, ne « pourront porter or, ne pierres précieuses, ne couf ronnes d'or, ne d'argent... — 4® Li duc, li comte, « li baron, de six mille livres de terre ou plus, pour- « ront faire quatre robbes par an et non plus, et les « femmes autant... — 8® Chevalier qui aura trois

• mille livres de terre ou plus, ou li banneretz, « pourra avoir trois robbes par an et non plus, et « sera l'une de ces robbes pour l'esté... — H** Gar- « çons n'auront qu'une paire de robbes l'an... — € 14° Nul ne donra au grand mangier que deux metz c et ung potaige au lard, sans fraude. Et au petit € mangier, ung metz et ung entremetz. Et se il est € jeusne, il pourra donner deux potaiges aux harens « et deux metz, ou trois metz et ung potaige. Et ne « mettra en une escuelle que une manière de char € (chair), une pièce tant seulement, ou une manière € poisson... — 15° Il est ordené, pour desclarer ce « que dessus est dict des robbes, que nuls prélatz ou

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