‹ Philippe le BelChapitre 68 sur 242 · LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE III

• barons, tant soient grans, ne puisse avoir robbe i pour son corps de plus de vingt-cinq sols tournois € l'aulne de Paris... » Quel était le but véritable de cette disposition, plus vexatoire assurément que la plupart des impôts dont le peuple était accablé? On a dit, d'une part, qu'en arrêtant par ce moyen les progrès du luxe qui envahissait certaines classes de la société, Philippe le Bel avait eu la pensée d'empêcher que la noblesse, appauvrie à force d'impôts et de guerres, ne se vît effacée par la roture, enrichie à l'aide du commerce et de l'industrie. Mais ce que l'on sait du caractère de Philippe le Bel et de ses dispositions à l'égard de la noblesse est en désaccord complet avec cette interprétation. D'ailleurs, l'ordonnance frappe non-seulement la roture, mais aussi la noblesse et le clergé, qui se trouvent ainsi avec les bourgeois sur le pied de l'égalité. On a donné, d'autre part, une explication qui nous paraît plus admissible, en disant que l'ordonnance somptuaire en question avait eu pour but de forcer les sujets du roi à faire des économies qui profitassent au trésor, en facilitant le recouvrement des impôts. Cela rentre tout à la fois dans le caractère de Philippe le Bel et dans les circonstances où il se trouvait à la date même de la promulgation de la loi. C'était en 1294, au moment où l'Angleterre et la France entraient en hostilités, et où, par conséquent, il allait devenir nécessaire de créer de nouveaux impôts pour faire face aux dépenses nouvelles.

Il était donc tout simple qu'un prince aussi prévoyant que Philippe le Bel songeât à assurer le recouvrement facile de ces charges supplémentaires, en augmentant les Ressources de ceux qui devaient les

subir, au moyen d'une économie forcée sur chacune des parties de leurs dépenses de chaque jour.

Philippe ne se montre pas, assurément, sous son aspect le plus favorable, lorsqu'il s'agit des finances et des impôts. Mais il ne faut pas oublier qu'il avait un grand problème à résoudre, celui de l'unité de la France. Sans approuver complètement sa conduite, on peut cependant la comprendre, et, sans adopter la déplorable doctrine de ce qu'on a appelé la souveraineté du but^ on peut cependant encore admirer cette laborieuse persévérance qui ne recule devant aucun obstacle et ne s'effraye d'aucun écueil pour arriver tôt ou tard au but qu'elle s'est proposé.

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