ARMÉE DE TERRE ET DE MER
Pour atteindre ce double but, de fonder l'unité de la France et de la défendre contre les attaques du dehors, Philippe le Bel avait besoin non-seulement de sommes considérables, qu'il se procurait à l'aide d'impôts de toutes sortes, mais encore d'une armée, dont il trouva les éléments dans ce qui restait encore, sous son régne, des usages et des devoirs féodaux. On sait à quoi se réduisait, sous la féodalité, l'obligation du service militaire : chaque vassal devait à son suzerain, selon l'importance de son fief, vingts quarante ou soixante jours de service personnel, sur sa réquisition, et devait même amener avec lui tel ou tel nombre d'hommes qui le suivaient partout où il plaisait au suzerain de les faire conduire, soit pour attaquer un ennemi voisin, soit pour aller même au delà des limites du fief pour repousser une attaque dirigée contre le pays tout entier.
Il est facile de remarquer l'inconvénient et les dangers d'un pareil système : d'abord le temps, toujours limité, pendant lequel les vassaux étaient soumis au service féodal , s'opposait à ce que de grandes et lointaiDes expéditions fussent entreprises. D'un autre côté,
ces troupes, accidentellement réunies, et composées d'hommes n'ayant entre eux aucun lien permanent, ne se pliaient pas volontiers aux exigences de la discipline. L'ordre ne régnait guère dans leurs rangs qu'autant qu'il leur plaisait de l'y maintenir. Enfin, les feudataires ne se faisaient pas faute de rester sourds à l'appel du suzerain et de se tenir tranquilles dans leurs châteaux, soit parce qu'ils n'approuvaient pas le motif de la guerre, soit parce qu'il ne leur plaisait pas de se déranger. Alors le suzerain pouvait manquer du nombre d'hommes nécessaire pour l'expédition qu'il avait projetée, et qu'il lui fallait abandonner ou remettre à des temps meilleurs.
Cet inconvénient avait lieu surtout lorsqu'il s'agissait d'expéditions limitées à l'étendue d'un fief et intéressant personnellement le suzerain plutôt que le territoire du royaume. Dans ce dernier cas, le roi, suzerain des suzerains et chef de toute la noblesse, avait en sa main toute la puissance nécessaire pour réunir à sa suite une armée véritable. Lorsqu'une guerre était imminente et qu'il y avait lieu de marcher à la défense du pays, le roi convoquait tous ses vassaux directs, c'est-à-dire les grands feudataires tenant de lui directement leurs fiefs, et lui devant, non-seulement comme vassaux, mais comme sujets, le service militaire, au double point de vue national et féodal. Ces grands feudataires, ainsi solennellement convoqués, appelaient à leur tour leurs vassaux et arrière-vassaux, c'est-à-dire tous les propriétaires de fiefs sur lesquels ils avaient la suzeraineté. Enfin, tous, suzerains, vassaux et sous-vassaux, devaient amener à leur suite un certain nombre d'hommes choisis dans la circonscription de chaque fief, et des-