LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE IV
tinés à constituer, sous le commandement des nobles et des seigneurs, le véritable noyau de Tannée. De plus, lorsque les communes commencèrent à avoir une existence propre, par les affranchissements du douzième siècle, chacune de ces agglomérations populaires eut sa milice, et toutes les fois qu'un appel était fait aux forces générales du pays, chacune de ces milices marchait où l'appelait le danger, sous la bannière de la commune et sous la conduite de ses magistrats. Enfin, les feudataires ecclésiastiques, qui ne pouvaient, en vertu des lois de l'Église, concourir personnellement au service militaire réclamé par leurs suzerains, envoyaient leurs vassaux et arrière-vassaux laïques, ainsi que leurs tenanciers les plus capables de figurer dignement dans l'armée.
L'armée, bien qu'ainsi composée d'éléments divers, pouvait donc avoir une importance réelle, même aux douzième et treizième siècles, et les rois de cette époque ne se sont pas trouvés au dépourvu, lorsqu'il s'est agi soit de repousser des menaces d'invasions étrangères, soit de conquérir des provinces sur l'ennemi. Peu à peu, les usages féodaux faisant place à des institutions nouvelles, et les nécessités de forces plus considérables se faisant sentir chaque jour, à raison de l'extension toujours croissante du territoire, les rois recoururent à d'autres moyens d'assurer autour d'eux le service ftiilitaire. Ils fixèrent le nombre d'hommes, roturiers ou vilains, que les seigneurs, les communes et les ecclésiastiques seraient obligés de réunir, en cas d'expédition. Ils ajoutèrent à cette levée, faite d'après la tradition féodale et dans la circonscription de chaque fief, une levée extraordinaire, composée d'hommes recrutés dans tous lesv rangs et
incorporés dans l'armée, pour le temps que devait durer la guerre, moyennant une rétribution. Ces troupes de mercenaires choisissaient un chef qui devait se mettre aux ordres du commandant générai, mais auquel elles obéissaient exclusivement.
Enfin les rois comprirent que tous ces éléments militaires ne pouvaient pas encore leur suffire, en cas de surprise et de nécessité pressante, puisque la plupart ne leur devaient qu'un service temporaire, et qu'à un moment donné l'armée pouvait se disperser tout à coup. Ils prirent donc les mesures convenables pour que les feudataires consentissent à prolonger au delà du temps féodal, c'est-à-dire au delà de quarante ou soixante jours, et même indéfiniment, le service dont la féodalité leur faisait un devoir, et, pour les déterminer à y consentir, ils leur accordèrent une indemnité proportionnée au préjudice que devaient leur causer des fatigues inévitables et des déplacements onéreux. En même temps, les roturiers furent assujétis, d'une façon de plus en plus stable, au service militaire; le nombre de ceux que chaque seigneur devait amener à sa suite s'accrut sensiblement; enfin, les grandes guerres internationales ne tardèrent pas à se multiplier de telle sorte, qu'il fallut nécessairement encore prendre des mesures énergiques, afin de faire face aux circonstances.
Ce fut Philippe le Bel qui eut l'initiative de ces nouvelles mesures. Il commença par exiger l'exécution d'un principe d'ordre public qui, pendant tout le temps du régime féodal, n'avait pas été au delà d'une théorie plus ou moins acceptée, celui de l'appel sous les drapeaux de tout homme, noble ou roturier, vivant sous la protection des lois du royaume* Dans toute