LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE IV
circonstance où il lui parut nécessaire de venir au secours de la patrie, il fit, sous le nom à'arrière-bany des levées générales de troupes, et personne, dans ces cas exceptionnels, n'eut le droit de se soustraire au service demandé. Le ban ordinaire était simplement la convocation des vassaux, obligés par le droit féodal au service militaire. L'arriëre-ban consistait dans un appel général des vassaux, arrière-vassaux, hommes libres et vilains, en cas de danger public et de pressante nécessité. En Tannée 1302, à l'occasion de la guerre de Flandre, Philippe le Bel adressa Tordre formel aux baillis du royaume c de semondre par € arrière-ban touste manière de genz qui porront € porter armes, nobles et non nobles, de poëste ou c d'aultre condition, qu'ils soient à la quinzaine c d'aoust àArras. » Il adressa les mêmes instructions à Tévéque d'Auxerre, en ajoutant que ceux qu'il devra semondre t sont tenuz à venir sans nulle excusat tion. »
L'exécution de ces ordres souffrait cependant quelques tempéraments : d'abord, il y avait une limite d'âge en vertu de laquelle on ne pouvait exiger le service que des individus âgés de dix-huit à soixante ans; puis on n'appelait à la fois qu'un certain nombre d'hommes, selon les nécessités de la défense ou de l'attaque; on établissait comme des classes ou zones, que Ton ne faisait mouvoir qu'à mesure des besoins, et en commençant par les plus rapprochées du centre des opérations. Si le danger était tel, qu'il fallût le conjurer immédiatement, toutes les milices recevaient simultanément Tordre de se mettre en marche, et les plus proches comme les plus éloignées du théâtre de la guerre se précipitaient en masse sur l'ennemi. Alors
on n'admettait plus de séparation entre les diverses divisions du royaume; on n'était plus de tel fief, de telle commune ou de telle province, on n'était plus que- Français; on ne connaissait plus qu'un drapeau, celui de la patrie, plus qu'un principe, celui de l'honneur national, plus qu'une nécessité, celle du salut public. C'est surtout à l'occasion de la guerre de Flandre que Philippe le Bel fut obligé d'appeler par arrièreban tous ses sujets à la défense des frontières. C'est ainsi, par exemple, que les habitants les plus éloignés du Nord, les nobles et roturiers des pays de langue d'oc, furent forcés de se réunir à Arras, comme ceux du voisinage de cette ville, pour marcher ensemble contre les Flamands. Seulement, ceux qui, jouissant d'une certjiine fortune, reculaient devant un service qui devait les éloigner, pendant plusieurs mois, de l'administration de leurs biens, eurent la faculté de se racheter. Ainsi, un noble jouissant de cinquante livres de rentes put se dispenser de servir, en versant au trésor la moitié de son revenu *. Un roturier possédant un revenu de terre de vingt livres obtenait la même faveur en abandonnant le cinquantième de son capital. Cette mesure avait plus d'un avantage : d'abord elle permettait à beaucoup de propriétaires, peu disposés à abandonner leurs domaines, de rester au centre de leurs occupations habituelles; puis elle faisait entrer dans les caisses du trésor des sommes importantes sur lesquelles le roi s'arrangeait toujours de manière à faire quelques bénéfices; enfin, elle permettait d'entretenir dans l'armée des hommes de bonne volonté, habitués à la discipline, aguerris aux
• Ord., 1. 1, p. 391.