LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE IV
fatigues des camps et, par conséqueût, plus aptes au service militaire que ceux qu'ils remplaçaient sous les drapeaux.
Les nobles qui voulaient s'exempter du service
avaient le choix, ou de payer une certaine somme, ou
de fournir directement un remplaçant. Les roturiers
qui réclamaient la même exemption, et ne pouvaient
ou ne voulaient payer, devaient se réunir pour fournir,
à titre de remplaçants, six sergents par cent feux :
€ Six sergents de pied, » dit l'ordonnance du 1*' mai
1304, c des plus soaffisanz et des meilleurs qu'on
« pourra trouver es paroisses, ou ailleurs, si ceulx
« des paroisses n'étoient pas souffisanz, et seront
c armez de pourpoincts et de haubergeons, ou de
• gamberons, de bacinez et de lances; et des six, il y
• en aura deux arbalétriers *. »
Les églises n'étaient pas exemptes de l'impôt; elles ne pouvaient combattre par leurs représentants directs, c'est-à-dire par les prêtres ou les prélats, bien que quelques-uns de ces derniers eussent été quelquefois obligés de répondre personnellement à l'appel du roi; mais elles devaient concourir à la défense de la patrie en envoyant à l'armée, non-seulement uu nombre d'hommes proportionné à l'importance de
• « Vers la fin du treizième siècle, Tarmure défensive-^ut perfectionnée, et les lames de fer furent substituées aux mailles. Au lieu tlu haubert et de la chaussure de mailles, le chevalier se revêtit d*une armure de plaques de fer, modelée sur son corps, et composée d'une cuirasse, de brassards, de gantelets, de cuissards,
de grèves, joints les uns aux autres dans les articulations
L'intérieur de cette armure, appelée de toutes pièces, était matelassé, et il y avait un petit espace entre Thomme et le coffre de fer dans lequel il était contenu. » (Mionbt.)
leurs fiefs, mais encore une certaine quantité de cb et de chevaux.
Dans ces armées primitives, l'infanterie était sl près entièrement composée de roturiers, tandis q^oe la cavalerie se recrutait parmi les nobles. Cette distinction excitait entre ces deux corps des rivalités toujours déplorables et trop souvent désastreuses. La. catastrophe de la bataille de Gourtrai en est un exemple que l'histoire a voulu conserver. C'était en 1302, pendant la guerre de Flandre, après le massacre de Bruges, où tant de malheureux Français avaient été égorgés : il s'agissait pour les survivants de prendre sur les Flamands une revanche éclatante, et un non— veau combat allait s'engager. Les milices ennemies s'étaient retranchées derrière un canal profond qui, & une certaine distance, ne pouvait être aperçu. L'infanterie française était à la tête de l'armée, suivie des cavaliers, qui devaient se tenir prêts à marcher au premier signal. Mais ces derniers étaient impatients de combattre; ils voyaient devant eux les bataillons roturiers qui se disposaient à porter les premiers coups et peut-être à décider de la victoire. Un sentiment de jalousie s'empara du comte d'Artois, qui les commandait. En vain, le connétable da Nesie, entrevoyant sans doute une catastrophe imminente, avait cherché à le retenir. Il s'élança en avant à la tête de ses hommes, qui franchirent au galop les rangs de l'infanterie et, au lieu de tomber droit sur l'ennemi, se précipitèrent tous en aveugles dans le gouffre qui les en séparait. Le comte et le connétable trouvèrent tous deux la mort dans cette affreuse cohue, où les hommes, les chevaux et les armes s'accumulaient pêlemêle dans un ruisseau de sang.