‹ Philippe le BelChapitre 73 sur 242 · LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE IV

La bataille de Mons-en-Puelle, où le roi se montra si brave, en combattant lui-même, qu'il mit en fuite l'ennemi prêt à vaincre, suivit heureusement tous ces désastres et fut la véritable* revanche de Bruges et de Courtrai. On sait comment Philippe le Bel se couvrit de gloire à cette bataille célèbre qui, sans lui, eût été perdue sans retour. Il avait été surpris dans sa tente, pendant son sommeil, par les Flamands; deux de ses généraux avaient été tués auprès de lui; il était désarmé, mais il put sauter sur un cheval, saisir au vol une massue qu'un boucher lui jeta et s'élancer dans la mêlée, frappant à droite et à gauche avec la fureur d'un désespéré : ce n'était plus un roi, c'était un lion. L'armée reprit courage : t Le roi combat I le roi combat! > fut le cri de tous les rangs, et la victoire fut bientôt le prix de cet acte de bravoure, inspiré subitement par la nécessité du salut.

Philippe avait rarement de ces subites inspirations : son tempérament s'y refusait; sa nature froide et réfléchie le portait plutôt à temporiser, à négocier, à transiger, qu'elle ne l'excitait aux luttes violentes du champ de bataille. Ainsi, plus d'une fois, on l'a vu réunir à grands frais une armée considérable, en vue d'une guerre imminente, puis, tout à coup, à la veille même du combat, proclamer une trêve, un armistice ou une paix définitive, et renvoyer dans leurs foyers chacun de ces hommes, venus de tous les points de la France pour concourir peut-être à une glorieuse victoire, avec le regret de s'être donné tant de peines et d'avoir fait tant de dépenses pour un aussi stérile résultat. Ce regret, plus d'une fois aussi, se traduisit en mécontentement : les hommes ainsi renvoyés sans gloire et sans honneur assouvissaient leur colère sur

les propriétés et même sur les personnes des pays qu'ils traversaient. La paix devenait alors an signal de goerre ou plutôt un motif de pillage pour ces forcenés, qui n'étaient désormais retenus ni par le joug de la discipline ni par le prestige du commandement. On fut obligé de faire un exemple sévère : cinq cents de ces malheureux furent, dit-on, pendus près de Bourges, en 1312, par ordre du roi.

Malgré ces sévérités nécessaires, et d'ailleurs conformes aux mœurs de l'époque, il y avait pour les hommes appelés à l'armée, et pendant tout le temps de la guerre, certaines immunités. Ainsi, quels que fussent les faits dont ils se seraient rendus coupables, ils étaient à l'abri de toutes poursuites tant que durait la campagne. Le champ de bataille ou le camp étaient pour eux comme un lieu d'asile où, sous aucun rapport, personne ne pouvait les inquiéter. D'un autre côté, l'alimentation des troupes était assurée par tous les moyens. Les baillis avaient l'ordre de faire, dans leurs circonscriptions, des approvisionnements considérables en vins, blés, avoines, bestiaux et fourrages. Les denrées destinées au camp étaient affranchies de tout péage et de tout droit quelconque. Les fournisseurs avaient toute liberté pour apporter et livrer leur marchandise c sans païer coustumes, paages ne ref debvances aultres de quel condition que ils soient, • dit un règlement de 1303, c en laissant as passaiges f esquels les coustumes ou les paages sont deu, gaiges c de reporter certaines ensaignes du connestable ou « d'ung des marichaux du dict ost *. »

Le connétable avait, en effet, le commandement

' Reg. XXXVI du Trésor des chartes, u9 clxi.

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