‹ Philippe le BelChapitre 74 sur 242 · LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE ÏV · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE ÏV

suprême de l'armée. Il avait immédiatement et hiérarchiquement sous ses ordres deux maréchaux de France, qui commandaient eux-mêmes à des capitaines marchant à la tête de compagnies plus ou moins nombreuses. L'infanterie était soumise au grand maître des arbalétriers. Les frontières étaient défendues par des oflSciers généraux ayant sur les troupes, et même sur tout le pays, une complète autorité. La stratégie commençait à devenir une science, par les progrès qu'elle avait déjà faits à la suite des dernières guerres. Il suflSt, pour s'en convaincre, de se reporter à la manière dont furent échelonnées, en 1293 et 1295, les troupes envoyées sur le littoral de l'Océan et de la Manche pour défendre le royaume contre les invasions des Anglais. Simon de Melun, maréchal de France, et Jean de Burlas, grand maître des arbalétriers, commandaient une armée chargée de protéger les frontières de la Guienne, tandis qu'une autre armée, commandée par le connétable en personne, s'emparait des provinces du Midi pour prévenir toute attaque de ce côté. Bientôt une troisième armée, à la tête de laquelle était le comte de Valois, s'installa dans la Guienne, tandis que six corps détachés, commandés par divers seigneurs et généraux, étaient placés de distance en distance depuis Calais et Boulogne jusqu'à La Rochelle, et qu'une armée spéciale, commandée par le sire de Ghâtillon, protégeait la Champagne contre une descente possible des Allemands.

Les nécessités de la guerre avaient créé, à cette époque, un droit public d'une nature exceptionnelle : pendant tout le temps des hostilités, tout individu, sans distinction de rang et de qualité, appartenant à la nation ennemie et se trouvant sur le territoire

français, pouvait être arrêté, jeté en prison o\i traite comme prisonnier de guerre, tandis que ses biens étaient confisqués au profit du trésor. Il en était de même pour les Français qui s'aventuraient témérairement, en temps d'hostilités, sur un territoire ennemi. Les déserteurs et les émigrés subissaient une peine analogue; on confisquait leurs biens, et ils cessaient d'être sous la protection du roi.

Indépendamment des forces que nous venons d'énumérer et qui composaient l'armée de terre, en attendant l'organisation de l'artillerie, dont les redoutables machines, nommées bombardes, ne furent employées pour la première fois en campagne que vers le milieu du quatorzième siècle, Philippe le Bel avait, pour faire face à toutes les nécessités de la défense nationale, une marine militaire qui ne manquait pas d'une certaine importance. Une expédition dirigée, en 1304, contre la Hollande, et suivie d'une victoire des Français, fut entreprise avec une flotte de trente-huit nefs, ou gros vaisseaux, et de onze galères, sous le commandement de l'amiral Grimaldi. Dix mille hommes d'armes étaient montés sur ces divers bâtiments, dont les plus considérables portaient, à l'avant et à l'arrière, des forts crénelés à l'abri desquels une troupe d'arbalétriers lançaient des projectiles à l'ennemi. Plusieurs des bâtiments composant cette flotte appartenaient, il est vrai, à des armateurs, qui consentaient à transformer momentanément en vaisseaux de guerre des navires de commerce; mais il paraît certain que Philippe le Bel avait doté l'État d'une marine propre et permanente. Cette marine eut notamment occasion de se montrer en 1296, sous le commandement de l'amiral Benoit Zacharie, à l'occa-

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