‹ Philippe le BelChapitre 75 sur 242 · LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE IV

sion d'une descente en Angleterre. Elle était composée de treize vaisseaux, appelés ussiers ou huissiers^ parce qu'ils étaient munis i'huisy ou baies latérales, pour rembarquement des chevaux. Chacun de ces vaisseaux contenait environ vingt chevaliers, quatre cents chevaux et quatre cents fantassins. Ils étaient protégés par quatre galères, dont deux faisaient sentinelle et deux portaient les vivres. Le titre d'amiral appartenait, dès cette époque, à l'officier général auquel était confié le commandement des bâtiments de l'État;

Philippe le Bel introduisit donc dans le système de défense du territoire d'importantes améliorations et ouvrit le premier la voie à des progrès qui sont arrivés jusqu'à nous. En modifiant le service militaire de manière à permettre à chacun de s'affranchir de l'impôt du sang par un impôt pécuniaire, il fit faire à la prospérité publique et à la civilisation un pas immense dont il est juste de lui rapporter l'honneur. Au lieu de cette obligation barbare, imposée à chacun en vertu des traditions féodales, de se faire soldat au gré du caprice de son suzerain et de le suivre à la guerre, trop souvent sans espoir de retour, on vit surgir un devoir d'une autre nature, celui de choisir entre deux sacrifices, celui de sa personne ou celui de son argent. Ceux qui se sentaient la vocation nécessaire pour affronter des expéditions lointaines et périlleuses purent satisfaire leur belliqueuse ardeur. Ceux, au contraire, qui préféraient rester dans leurs foyers, h la tête d'un commerce prospère, d'une riche industrie ou d'une culture importante, pouvaient s'exonérer du devoir militaire au moyen d'une somme d'argent proportionnée à leurs ressources. De cette manière, on n'avait réellement dans l'armée que des hommes

capables de composer, un jour ou Taulre, une troupe excellente, d'abord parce qu'ils s y étaient incorporés la plupart yolontairement et par suite d'un entratnement personnel, puis parce que, à laide de l'impôt payé par ceux qui n'avaient pas le même zélé, on pouvait maintenir sous les armes, d'une manière permanente, et aguerrir aux fatigues des camps, des hommes qui, auparavant, ne fournissaient qu'un service accidentel, limité à quelques semaines et, par conséquent, tout à fait impropre à en faire de véritables soldats. Enfin, Philippe le Bel doit être considéré, sous ce rapport spécial de la défense du territoire, comme ayant ouvert à ses successeurs la voie qu'ils devaient suivre avec tant de gloire, en proclamant le grand principe de l'honneur national et en imposant à tous les Français, en cas de nécessité, le devoir de prendre les armes et de s'élancer en masse au secours du pays en danger.

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