‹ Philippe le BelChapitre 76 sur 242 · POSSESSIONS ET ACQUISITIONS TERRITORIALES · texte numérisé non relu

POSSESSIONS ET ACQUISITIONS TERRITORIALES

Nous venons de parler des nécessités de la défense du territoire français : il est temps de rechercher quelle était l'importance dece territoire et quels furent fes accroissements successifs sous le règne de Philippe le Bel. En fait, la France proprement dite était géographiquement, à cette époque, à peu près ce qu'elle est aujourd'hui. Seulement, de féodale qu'elle était, elle tendait à devenir monarchique, ou plutôt, de divisée qu'elle était en nombreuses provinces indépendantes l'une de l'autre, et gouvernées par les feudataires, elle aspirait à l'unité et à la centralisation. Gomment arriva-t-elle progressivement à ce résultat? Comment le fief dont Paris était le chef-lieu devint-il le centre autour duquel vinrent se grouper l'un après l'autre chacun des territoires destinés à constituer la France? Comment ce fief, plutôt que tel autre aussi important que lui, fut-il désigné pour être comme la pierre fondamentale de cette grande agglomération? C'est ce que personne n'a encore expliqué d'une ma*nière satisfaisante, et ce dont probablement la Providence seule connaît le secret.

Ce qui n'est pas moins remarquable, c'est la ma-

nière dont les contrées voisines de ce point central s'y rattachèrent peu à peu et de proche en proche, presque sans violences, presque sans secousses, comme par une force d'attraction mystérieuse et semblable à celle de Taimant. Rome, pour étendre son territoire et accroître sa puissance, avait recours aux armes et aux conquêtes; elle s'imposait à ses voisins, envahissait leui*s possessions, prenait d'assaut les villes et les provinces, et, semblable à l'incendie qui ravage tout ce qu'il touche, allait de l'un à l'autre des pays conquis, à mesure qu'ils tombaient sous sa main. La France s'accrut par des procédés contraires : au lieu d'envahir les provinces voisines, elle les força de venir à elle; au lieu d'employer la violence pour les sonmettre, elle n'employa souvent que la persuasion, et plus souvent encore elle n'eut qu'à rester immobile et muette, et à profiter de ce qui s'était fait pour elle, sans autre motif que le droit ou la nécessité. C'était tantôt une confiscation, tantôt un traité, tantôt un mariage, tantôt une acquisition, tantôt une déshérence, qui déterminaient la réunion au domaine central d'autres domaines destinés à constituer plus tard la grande unité française. C'est de cette manière que sont venus successivement s'annexer à ce fief de nos premiers rois les grands fiefs de leurs principaux feudataires. C'est ainsi que la Normandie, par exemple, à la suite du meurtre d'Arthur de Bretagne, commis par Jean Sans-Terre, son seigneur, vassal du roi de France, fut confisquée par Philippe-Auguste et réunie au domaine royal. Il n'y avait là ni violence ni conquête; c'était l'application pure et simple du droit féodal. Après le crime qu'il avait commis sur la personne de son neveu, Jean Sans-Terre devait répondre

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