‹ Philippe le BelChapitre 77 sur 242 · LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE V

de sa conduite devant la cour des pairs de son suzerain, c'est-à-dire du roi, sous peine de voir confisquer tous ceux de ses biens sur lesquels le roi avait la suzeraineté. Malgré Tavertissement qui lui fut régulièrement donné, il ne comparut pas et se trouva ainsi nécessairement exposé à la peine de la confiscation, édictée par les assises de Jérusalem, comme < défaillant « de venir soy deffendre en la cour de son ségnor. • Si le crime eût été personnel au suzerain, c'est à lui personnellement qu'aurait profité la confiscation; mais c'était un crime public, et, à ce titre, la confiscation devait profiter au domaine de TÉtat. Philippe-Auguste appliqua strictement la loi et exécuta Tarrét de sa cour en prenant immédiatement possession, nonseulement de la Normandie, mais encore de la Touraine, de l'Anjou, du Poitou, du Maine et de la Guienne, qui appartenaient aussi au vassal défaillant. Jean ne dit mot et comprit que contre le droit il n'y avait pas de résistance possible.

La France s'accrut ainsi d'importantes provinces qui, avec les territoires précédemment annexés au comté de Paris, c'est-à-dire avec la Picardie, l'Orléanais, le Vermandois, l'Artois, les deux Vexins, le Berri et l'Auvergne, constituèrent les premiers éléments de notre unité nationale.

Ajoutons toutefois que cet acte énergique de Philippe-Auguste ne fut pas approuvé par saint Louis, dont la conscience délicate se refusa à ratifier un fait dans lequel il voyait trop d'habileté et môme de violence, mêlées à la stricte application de la loi. < Sa ( conscience li remordait, > dit Guillaume de Nangis, « de la terre de Normandie, et pour aultres terres < que il tenoit, que li roys de France ses aïouls

c avoient tolaes, par le jugement de ses pères, aa € roy Jehan d'Engleterre, dict Sans^Terre, » Un instant, il voulut transiger en abandonnant la Guîenne à Henri III, fils de Jean, à condition que ce dernier lui laisserait toutes les autres provinces confisquées sur son père par Philippe-Auguste. Mais ses conseillers furent unanimes pour lui faire comprendre qu'en pareille matière il n y avait pas de transaction possible; que, si les biens en question étaient mal acquis, il fallait n'en conserver aucun; que, si, au contraire, ils étaient légalement possédés, il n y avait pas de raison pour eu abandonner un seul. Saint Louis reconnut bien vile la justesse de lobservation et avoua même que son aïeul, Philippe-Auguste, avait agi conformément à son droit, c Je sçais, > dit-il, c que c les devanciers au roi d'Engleterre ont perdu tout € pardroict... » Mais, pour conserver les possessions qui lui élaient échues, il craignait d'être forcé de recourir aux armes, et l'amour de la paix dominait en lui. De plus, il considérait qu'en restituant à' Henri les domaines confisqués par Philippe-Auguste, il aurait l'avantage d'avoir un roi pour vassal et, par conséquent, d'être sûr de trouver, au besoin, un puissant secours. Cependant il se laissa vaincre en partie par les observations de ses conseillers, sans doute moins scrupuleux que lui. Mais, pour tout concilier, sans que sa conscience eût à lui reprocher la moindre spoliation, il abandonna la Guienne au roi d'Angleterre, qui lui en fit immédiatement hommage. De plus, il y ajouta, en retour des provinces qu'il conservait, le Limousin, le Périgord, le Quercy, l'Agénois et une partie de la Saintonge, provinces qui, après avoir été conquises sur l'Angleterre en 1224,

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