LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE V
retournèrent momentanément à l'Angleterre, à titre de fiefs, sous la suzeraineté du roi de France, tandis que la Normandie, le Maine, la Tou raine et le Poitou étaient définitivement réunis au domaine français.
Philippe le Bel ne resta pas en arrière de ses prédécesseurs et voulut à son tour doler la France d'importantes provinces. Dès Tannée 1285, où il monta sur le trône, il avait épousé Jeanne de Navarre, fille de Henri, comte de Champagne, qui lui avait apporté en dot la Navarre, la Champagne et la Brie. Jeanne était une femme d'une capacité exceptionnelle : elle unissait à une intelligence supérieure une bravoure peu commune. Plus d'une fois elle aida le roi de ses conseils; plus d une fois aussi elle le suivit jusqu'aux champs de bataille pour Texciter au combat. Aussi avait-elle conservé l'administration de ses domaines, et personne ne se fût montré plus digne qu'elle de cette charge et de cet honneur. En 1297, elle marcha elle-même contre Henri III, duc de Bar, qui avait envahi la Champagne, remporta sur lui une victoire complète et le contraignit à lui faire hommage de son duché, en la reconnaissant pour suzeraine. Henri fut môme, pendant quelque temps, retenu prisonnier par Philippe le Bel, qui ne lui rendit la liberté qu'après avoir obtenu de lui une reconnaissance de vassalité pour tous les biens qu'il tenait en franc alleu sur la rive gauche de la Meuse.
Bien que les grands fiefs composant la dot de Jeanne de Navarre fussent restés sous la main de celle qui les avait apportés, ils étaient néanmoins, par le fait môme du mariage de cette dernière avec le roi de France, inévitablement destinés à être tôt ou tard incorporés au domaine. C'est ce qui arriva lorsque le
nis aîné de Philippe monta sur le trône, après avoir recueilli ces biens dans la succession de sa mère.
En 1307, Philippe le Bel maria son second fils, qui devait être un jour Philippe V, avec Jeanne, fille d'Olhon, comte de Bourgogne, qui lui apporta en dot la Franche Comté. Mais, dès Tannée 1291, il s'était fait mettre à l'avance en possession de cette province, qu'il avait h&te de réunir à son domaine. Un traité avait été conclu à Vincennes entre lui et le père de sa future belle-fille, moyennant une rente viagère qa'il était convenu de payer à ce dernier. L'empereur et le roi d'Angleterre, qui avaient la suzeraineté de ce fief, se coalisèrent et poussèrent leurs vassaux à protester contre l'usurpation qui les menaçait. Mais l'énergie de Philippe le Bel suffit pour les réduire tous au silence, et la Franche-Comté, tout en restant soumise à la suzeraineté de l'empereur, entra définitivement dans les possessions du roi. Il en fut de môme de la Marche et de l'Angoumois. Le comte de la Marche, Hugues de Lusignan, avait épousé la fille du comte d'Angouléme, qui lui avait apporté en dot l'Angoumois. Philippe le Bel s'empara de ce domaine après la mort de Hugues, décédé sans postérité directe, en indemnisant toutefois les collatéraux, et réunit en même temps à la couronne le comté de la Marche, dont il fit un apanage pour son troisième fils, Charles le Bel.
Philippe le Bel fut moins heureux pour les fiefs de Guienne et de Flandre, qu'il avait à cœur de réunir au domaine, et qui lui échappèrent, pour ne se rattacher que plus tard au pouvoir central, le premier sous Charles Vn, en 1453, par la victoire de Castillon, le second sous Louis XIV, en 1679, par le traité de