PRÉFACE XIII
altribulions académiques que de lui faire un grief de n'avoir pas jugé les hommes et les choses comme on les aurait jugés soi-même à un point de vue différent.
Et lorsqu'une série de faits historiques soulève, comme la plupart des grands événements de notre histoire nationale, des questions politiques, économiques, sociales ou religieuses, la nécessité de Tindépendance de l'historien devient encore plus évidente et plus absolue. C'est alors que ceux à qui il s'adresse, fussent-ils les plus illustres d'une académie quelconque, ne peuvent, sans porter atteinte aux droits les plus chers de l'esprit humain, lui imposer telle doctrine plutôt que telle autre, parce qu'ils la croient meilleure et plus conforme à leurs sentiments.
Je comprendrais encore que l'on repoussât sans hésitation et même avec la flétrissure qu'elles méritent certaines théories essentiellement subversives de toute morale, comme de toute société. Je comprendrais qu'une académie considérât comme un devoir et comme un honneur pour elle d'exclure, soit de son enceinte, soit de ses concours, ces doctrines barbares qui, sous IjBS noms de matérialisme, de positivisme, a athéisme^ de socialism£^ tendent à s'implanter au milieu de nous et même à envahir nos grandes assemblées. Il y a dans de tels excès un danger réel pour l'ordre social, et à ce titre on ne pourrait qu'approuver une compagnie qui se montrerait sévère à leur égard. Mais quand toutes les rigueurs sont réservées à l'exaltation de ce qui, en définitive, est le plus inébranlable appui de nos sociétés; quand on en est venu à trouver
mauvais qu'on cherche, dans la prééminence de la religion et de l'Église, la source du bonheur et du salut des peuples, je ne comprends plus de pareilles sévérités, et j'ose dire hautement que ce n'est pas ainsi qu'on se montre juste et impartial.
Je viens de parler de la prééminence de l'Église : c'est, en effet, cette prééminence qui parait blesser le plus ceux qui se constituent les adversaires ou les contempteurs de la religion et même ceux qui, manifestant un certain respect pour elle, ne seraient pas fâchés de la voir, parmi les choses de ce monde, reléguée au moins au second rang. Dans cette grande réalité de la prééminence de l'Église, on a voulu voir une doctrine qu'on a appelée Ultramontanistne, par opposition à cette autre doctrine appelée Gallicanisme^ dont le développement a été, autant que possible, funeste à la religion, par la division qu'il a faite des membres de la famille catholique, en Gallicans et Ultramontains. Ces derniers, aux yeux de leurs adversaires, commettent le crime impardonnable d'aller chercher au delà des monts qui nous séparent de ritalie, des enseignements et des conseils, et de tourner sans cesse leurs regards, leurs cœurs et leurs dévouements vers la Rome de Pierre, de Grégoire VII, de Boniface VIII, d'Innocent XI et de Pie IX. Ceux qui trouvent dans cette manière d'agir une occasion de blâme, parce qu'ils considèrent que la prééminence de Rome est l'affaiblissement des autres pouvoirs souverains, oublient que c'est de Rome, au contraire, que découlent, comme autant de sources de salut