‹ Philippe le BelChapitre 80 sur 242 · LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE V

son ennemi dans le ressort de sa mouvance, en faisant déclarer par le parlement ce dernier contumace et, en conséquence, déûnitivement déchu de tout droit sur les terres dont le roi de France avait, vis-à-vis de lai, la suzeraineté.

Malgré tout le désir qu'on pouvait avoir, de part et d'autre, de terminer l'affaire par une négociation, les choses en étaient venues au point de ne pouvoir aboutir qu'à la guerre. Edouard prit ses dispositions en conséquence : il demanda l'appui de tous les princes et barons des pays voisins, alla jusqu'en Allemagne chercher des alliances, soit avec les prélats ou seigneurs, soit avec le roi des Romains, et obtint même une promesse de secours de la part des rois de Castille et d'Aragon. Mais Philippe ne resta pas en arrière : instruit de toutes ces dispositions hostiles, il s'attacha non-seulement à se faire des alliés personnels, mais encore à s'attirer ceux dont son rival s'était promis le concours. L'argent était pour lui le moyen ■ le plus sûr de conquérir les consciences et de se faire des amis. Il savait s'en procurer à volonté, soit à 'l'aide d'impôts supplémentaires, soii au moyen de 'h(^néfices sur les altérations des monnaies. C'était le bien public qui le voulait ainsi : avec ce motif commode, il faisait taire tous ses scrupules. C'est donc 'avec de l'argent que, tout à la fois, il fit, de ses propres

tlliés, des ennemis du roi d'Angleterre, et amena les Iliés de ce prince à contracter des alliances avec

lis.

lui.

Ces manœuvres de Philippe le Bel eurent tout le ^^ëùccès qu'il en avait attendu : les rois d'Espagne et de ^ Castille retirèrent les promesses d'alliance qu'ils ^! avaient faites à Edouard; Jean d'Aragon songea qu'il

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lui était plus avanlageux de traiter avec la France qu'avec l'Angleterre, et abandonna les Anglais.

Toutefois, l'empereur d'Allemagne, Adolphe de Nassau, furieux de voir à chaque instant ses possessions menacées par la France, conserva son alliance avec la nation rivale, dans l'espoir de trouver en elle un appui contre toute tentative d'envahissement. Il fit même contre Philippe une démonstration hostile, en lui écrivant une lettre dans laquelle il le menaçait d'une guerre prochaine s'il ne cessait toute prétention sur les possessions de l'empire. Philippe devina qu'il y avait là une manœuvre pratiquée en vue de le détourner de toute hostilité avec l'Angleterre, dont Adolphe venait de se déclarer l'allié. Pour toute réponse à cette lettre, il renvoya à son auteur une charte de la plus grande dimension possible sur laquelle il avait simplement écrit ces mots significatifs : c nimis Germamcè, trop Allemand. »

Cependant les hostilités commencées entre l'Angleterre et la France, pour la possession de la Guienne, suivirent leur cours. Edouard envoya un corps d'armée pour chasser les Français des domaines confisqués par Philippe. Charles de Valois, frère de ce dernier, et Robert d'Artois, son cousin, repoussèrent successi- Yement cette attaque violente et forcèrent à leur tour les Anglais à s'enfuir vers leurs rivages. Le duc de Bar, gendre d'Edouard, voulut de son côté attaquer la France par la Champagne. C'est alors que Jeanne de Navarre, épouse du roi, le força de se soumettre et le fit même retenir quelque temps prisonnier.

Ces démonstrations décidèrent Edouard à proposer une trêve et, par suite, un traité de paix. Philippe le Bel accepta cette proposition; l'arbitre désigné d'un

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commun accord par les deux voix fat le pape Boniface YUI, dont le pontificat eut tant d'orages à soutenir. La sentence du pape avait plutôt le caractère d'un jugement que d'un arbitrage amiable, bien que l'arbitre, d'après le désir exprimé par Philippe le Bel, eût agi dans cette affaire, non comme souverain pontife, mais comme simple particulier. Les bases de cette sentence étaient que chacune des parties reprendrait ce qui lui avait été enlevé et en référerait à l'arbitre, qui prononcerait souverainement en cas de contestation. De plus, pour assurer le maintien de la paix future, le roi d'Angleterre devait épouser la sœur du roi de France, et la fille du roi de France devait épouser le fils du roi d'Angleterre. Plusieurs années se passèrent sans que ces clauses reçussent leur exécution. Les hostilités continuèrent entre les deux rois; la paix sembla même un instant impossible. Mais Edouard, qui se trouvait engagé dans une expédition contre l'Ecosse, comprit qu'il ne pourrait suffire à deux guerres simultanées, et demanda à Philippe l'exécution pure et simple de la sentence de Boniface. Enfin, un traité conforme à cette sentence fut conclu le 20 mai 1303; la Guienne fut restituée comme fief à Edouard, qui se reconnut vassal du roi de France et s'engagea à prêter hommage en cette qualité ; Marguerite, sœur de Philippe le Bel, épousa le roi d'Angleterre, et lé fils de ce dernier, Edouard II, épousa Isabelle, fille du roi de France, quelques années après.

La négociation de ce mariage entraîna une destinée nouvelle pour la Guienne, ou plutôt une nouvelle forme de possession, favorable tout à la fois à la France et à l'Angleterre. Edouard V^ donna celte pro-

vince à son fils, comme feudalaire; Philippe le Bel la donna à sa fille comme suzerain , à charge par Edouard II de lui prêter foi et hommage, et il fut convenu, en même temps, qu'elle serait réunie à la France, en cas de décès de ses nouveaux possesseurs sans postérité masculine. Ce furent les armes de Charles VU qui, cent cinquante ans plus tard, opérèrent définitivement cette réunion.

Après avoir obtenu ce résultat du côté de l'Angleterre, Philippe avait encore la Flandre à soumettre. Guy de Dampierre était en possession de ce fief sous la suzeraineté de la France. Mais il avait fait alliance avec l'Angleterre, en vue du mariage de sa fille Philippine avec le fils du roi. Des promesses avaient été faites en ce sens, de part et d'autre, et Philippe le Bel ne tarda pas à en être averti. Il nourrissait luimême, dès cette époque, les mêmes projets que Guy de Dampierre, et songeait déjà à assurer l'alliance de sa fille Isabelle avec le futur Edouard II. 11 vit dans les intentions manifestées par le comte de Flandre une rivalité blessante pour ses intérêts autant que pour sa dignité. Comme suzerain, il avait le droit d'intervenir dans le mariage de la fille de son vassal, et même de s'opposer à ce qu'elle se mariât sans son consentement sur le territoire d'un fief soumis à sa suzeraineté. C'était précisément le cas où l'on se trouvait, puisque les deux parties étaient, l'une en Flandre, l'autre en Angleterre, vassales du roi de France. Philippe n'hésita pas à user de représailles : sous un prétexte quelconque il fit venir le comte et sa fille et les retint tous deux, l'un en prison, l'autre à la cour, parmi les dames de la reine. Guy fut libéré quelque temps après et retourna dans ses États, en promettant à Philippe de se confor-

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