‹ Philippe le BelChapitre 81 sur 242 · LIVRE. DEUXIEME. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE. DEUXIEME. CHAPITRE V

mer à ses désirs et en laissant à ce dernier sa fille, en otage de la promesse qa'il venait de faire. La jeune comtesse mourat bientôt de chagrin, et cette mort, qai fut pour son père le coup le plus crueU devint en même temps le signal de longues et désastreuses hostilités.

Oubliant sur ce point le devoir féodal, Guy fit déclarer la guerre au roi de France, son suzerain, et lui envoya un défi par Tintermédiaire d'un hérault. Cet acte fut considéré comme une insulte par Philippe le Bel, qui se mit immédiatement à la tête de soixante mille hommes, envahit la Flandre et s'empara des villes principales du comté. En même temps il fit saisir le comte avec ses deux fils, ainsi que quarante seigneurs flamands, et les retint tous prisonniers. Enfin, pour couronner cet acte de vigueur, il fit déclarer par le parlement, conformément aux principes féodaux, les biens de Guy de Dampierre confisqués et réunis au domaine royal.

Le roi voulut jouir immédiatement de cette réunion, et prendre possession de ses nouveaux États. Il fit en 1302, avec Jeanne de Navarre son épouse, une entrée solennelle à Bruges, où la reine trouva les dames parées avec une telle magnificence, qu'elle ne put s'empêcher de s'écrier avec une expression de dépit : € J'avais cru jusqu'à présent que fêtais seule reine, mais y en vois iciplv^s de six cents ! > Pour le roi, ce déploiement de luxe et de richesse devint une nouvelle occasion de battre monnaie. Les malheureux Flamands, qui avaient reçu leur nouveau souverain avec tant d'enthousiasme et tant de pompe, ne tardèrent pas à regretter même l'oppression de celui qui l'avait précédé. Les financiers, les banquiers, les maltêtiers, les

agents fiscaux de tout ordre, s'abattirent, comme des oiseaux de proie, sur le pays conquis et t trayaillërent le peuple en finance, » de manière à soulever de toutes parts des murmures et des protestations. On répond à ces manifestations hostiles par des mesures rigoureuses; on emprisonne les plus récalcitrants, mais les hostilités redoublent. Des outrages on passe aux menaces, et des menaces aux voies de fait. Le tocsin sonne; les prisons sont forcées; la foule se répand en armes dans les rues et carrefours; des cris de mort se font entendre; les Français, sont à l'index; on les appelle c la faction du Lys; » ils veulent sortir de la ville; mais, comme ils n'ont pas le mot d'ordre, ils sont impitoyablement massacrés par ceux qui gardent les portes. Quinze cents d'entre eux périrent dans ce malheureux jour.

La guerre continua, et de nouveaux désastres en résultèrent. A Courtrai, la cavalerie française, brave jusqu'à l'aveuglement, s'engloutit toute entière dans un précipice où elle laissa quatre mille chevaliers, dont les quatre mille paires d'éperons dorés devinrent le trophée des Flamands. Heureusement pour les Français, la victoire de Mons en-Puelle, où le roi en personne combattit si vaillamment, fut la revanche éclatante de cet affreux désastre, qui montra, une fois de plus, que la véritable gloire n'est pas toujours du côté des vainqueurs. Les Flamands, malgré la victoire du roi, ne se tinrent pas pour battus et continuèrent à se défendre contre les envahissements des Français. « Je crois quil pleut des Flamands! • s'écria un jour Philippe le Bel, impatienté de ne pouvoir en finir avec ce peuple de marchands ombrageux. Enfin, on se trouva, de part et d'autre, entre deux alternatives : la

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