LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE V
gaerre à continuer on la paix à conclure. On prit le parti le plus sage; on transigea sur la Flandre, comme on avait précédemment transigé sur la Guienne. Les prisonniers furent mis en liberté ; la Flandre fut remise en fief à Robert, fils aîné de Guy, à charge d'hommage envers le roi de France en qualité de suzerain. Ce dernier conserva Lille, Douai, Orchies et Béthune, qui furent momentanément réunies au domaine. Une somme de trois cent mille livres fut stipulée en faveur de Philippe, à titre d'indemnité de guerre, et les hostilités cessèrent sous une menace d'excommunication prononcée par le pape contre ceux qui violeraient le traité.
C'est vers la même époque que furent définitivement réunies à la France deux provinces, Tune de peu d'importance, l'autre considérable ; nous voulons parler du Vivarais et de la province de Lyon. Depuis le démembrement de l'empire de Charlemagne, les empereurs d'Allemagne avaient conservé un droit de souveraineté sur toute la partie orientale de la France. Peu à peu, ce droit se modifia ou cessa d'être respecté. Tout ce qui avoisinait la France proprement dite tendait à s'incorporer avec elle, et les rois faisaient tout ce qui leur était possible pour favoriser ce mouvement, essentiellement favorable à l'extension de leur autorité. Au treizième siècle, les contrées voisines de la rive gauche du Rhône, se sentant déjà plus françaises qu'allemandes, tournaient plus volontiers leurs regards de ce côté de leur fleuve que vers la rive opposée. Elles saluaient toujours leurs empereurs comme leurs souverains; mais elles comprenaient que le temps était venu où ces souverains ne pouvaient plus l'être pour elles que de nom, et que la France
élail véritablemeni le pays dont il leur faudrait un jour partager la destinée et reconnaître la domination. Toutefois, quelques-uns des gouverneurs de ces provinces avaient un autre rêve; tout en songeant à secouer le joug de l'empire^ ils songeaient en même temps à conquérir une indépendance complète. Ils s'abstenaient d'un côté de tout hommage envers l'empereur, en lui faisant entendre qu'ils pourraient bien être les sujets du roi. De l'autre, ils refusaient au roi toute obéissance, sous le prétexte qu'ils n'avaient d'autre souverain que l'empereur.
Sous Philippe le Bel, le seigneur d'une de ces provinces était Adalbert de Pierre, évêque de Viviers, capitale du Yivarais. Ce prélat, malgré les réclamations et les protestations du roi, en vue de la restitution à la France d'un territoire qui lui avait jadis appartenu, persistait à se dire feudataire de l'empereur, à qui cependant il n'accordait qu'une suzeraineté purement nominale, et prétendait justifier sa persistance, en produisant de vieilles chartes remontant sans doute à Louis le Débonnaire et au traité de Verdun de 843. Mais une telle prétention ne pouvait longtemps se soutenir, à une époque où l'influence française tendait à s'étendre de plus en plus. Il fallait à toute force la reconnaître et s'y soumettre, ou se condamner alors à un isolement dangereux. L'isolement est toujours mauvais, même pour les grands territoires; à plus forte raison, l'est^il au plus haut degré pour les territoires d'aussi peu d'importance que l'était le domaine de l'évêque de Viviers. Or, depuis l'annexion à la France du Languedoc, son voisin immédiat, ce domaine était complètement isolé, et son éloignement de l'empereur, dont l'évêque se pré-