‹ Philippe le BelChapitre 83 sur 242 · LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE V

tendait vassal, s'opposait à ce qu'il pût attendre de ce suzerain la moindre protection. Il lui fallait un appui dans sa faiblesse; la France s offrait à lui comme un défenseur naturel, et pourtant Tévéque hésitait encore. Il aurait dû se souvenir que déjà, sous le règne précédent, plusieurs de ses vassaux s'étaient soumis au sénéchal de Beaucaire;. que son prédécesseur même, par suite de sa résistance, avait vu confisquer tous ses biens et était mort complètement ruiné, malgré l'excommunication qu'il avait lancée contre le sénéchal.

Il aurait dû comprendre, surtout, qu'avec un roi comme Philippe le Bel, la lutte était nécessairement inégale et devait infailliblement se terminer au désavantage du plus faible. Il fit bien une première concession en promettant t d'ester à droict devant le c roy, sur les articles auxquels il étoit tenu de droict c et de coutume. » Mais il continua de donner cours à ses prétentions d'indépendance, et il fallut que les officiers royaux le poursuivissent sans relâche pour qu'il se décidât, vaincu par la menace et par la force, à reconnaître enfin la suzeraineté de la France et à s'y soumettre sans retour.

Ce différend avait duré tout un demi-siècle ; il ne fallut rien moins que la ténacité de Philippe le Bel et de ses agents pour y mettre fin. En 1305, les commissaires du roi, Guillaume de Plasian, Bernard Jourdain de Lille et le sénéchal de Beaucaire, firent signer à l'évêque un traité par lequel tous les fiefs de son église relevaient directement du roi; et deux ans après, comme complément de ce traité, et à titre de garantie d'une constante soumission de la part de l'évêque, Philippe le Bel se fit céder par lui, en toute propriété

indivise, la moitié de ses droits sur le domaine qui avait été lobjet de ces trop longs débats.

Après ce premier succès, obtenu plutôt par la contrainte que par la persuasion, Philippe alla plus loin, et songea à doter la France d'une cité déjà florissante, déjà capitale d'un grand gouvernement, et destinée à devenir la seconde ville du royaume, la Lutëce du midi, Lyon en un mot. Lyon, après avoir fait partie du royaume de Lothaire, était échue en dot à Mathilde, sœur de ce prince, lors de son mariage avec le roi d'Arles, Conrad, puis, réunie à l'empire d'Allemagne en vertu du testament de Rodolphe, fils de Conrad, avait été abandonnée aux archevêques par l'empereur Frédéric Barberousse. Alors les princes français, jugeant le moment et les circonstances favorables, songèrent à prendre les mesures nécessaires pour restituer à la France cette ville usurpée sur elle par des empereurs et des prélats. Saint Louis y installa une cour de justice; Philippe le Hardi exigea le serment de son archevêque; Philippe le Bel s'y fit représenter par un agent spécial et, pour arriver plus sûrement à ses fins, flatta l'amour-propre des hauts dignitaires de son église, en érigeant en comtés tous les biens du chapitre, et en permettant aux chanoines de prendre le titre de comtes de Lyon.

Mais tout cela ne pouvait constituer que de simples préparatifs pour arriver un peu plus tard à la réunion définitive qu'il avait projetée. Bien qu'il y eût, en réalité, prise de possession, la propriété territoriale était toujours incertaine, et celte ville de Lyon, devenue par son importance l'objet des convoitises royales, subissait quatre suzerainetés simultanées qui s'en disputaient mutuellement la jouissance exclusive.

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