LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE V
Loin de s'effrayer des démonstrations hostiles des Lyonnais, il s*empressa,dy répondre victorieusement. [l donna Tordre à ses trois fils de lui amener une irmée et de la diriger contre la cité rebelle. Toutes les dispositions furent prises en conséquence ; le jeune roi de Navarre, avec toute l'ardeur de l'extrême jeunesse, se mit à la tête des troupes, prêt à ne rien épargner pour se couvrir de gloire en cette première campagne. L'assaut allait être donné, lorsque les révoltés, effrayés par de si terribles démonstrations, iemandèrent grâce et merci. L'archevêque, qui avait commandé la révolte, fut le premier à se soumettre et à. implorer son pardon. Enfin Lyon appartint définitivement à la France et n'en fut plus désormais séparée. Malgré les moyens violents employés par Philippe le Bel pour assurer cette conquête ou cet abandon, il est certain que c'est au nom du droit que ce grand résultat fut obtenu. Si les prélats s'armaient de vieilles chartes qui concédaient, soit à l'empereur, soit ^u chapitre, l'objet de leurs prétentions, le roi avait Il sa faveur une antériorité remontant à Gharlemagne, :ont il avait à cœur de consacrer les conquêtes et de onouer la tradition. C'est là peut-être tout le secret a la politique qu'il n'a cessé de suivre, en vue d'arrier successivement à la restitution des territoires '^^.yés à la France par l'avidité des empereurs. Beaucoup de ses entreprises n'eurent d'autre résulxi immédiat que de l'obliger à demander à des iipôts et autres moyens ruineux les ressources nécesaires pour les soutenir. Mais dans tous ses projets •. dans tous ses actes, il y avait évidemment un irréocable parti pris d'étendre, tout à la fois, et le ter- Uoire et la grandeur de la France, aussi loin que les
circonstances le lai permettraient. Plus d'une fois il échoua dans l'exécution de ses projets de conqnéle et d'agrandissement; plus d'une fois il se vit forcé d'abandonner des provinces qui, peu de temps auparavant, s'étaient, de gré ou de force, livrées à lui. Il n'avait pas le génie de la guerre, en ce sens qu'il neutralisait souvent par sa faute et par son imprudence les bons résultats que la victoire lui avait donnés. Mais plus d'une fois aussi il sut se créer des alliés, à l'aide de son habileté diplomatique peu commune, partout où son intérêt le poussait à les attirer à lui. S'il succombait par hasard dans une entreprise, il savait se consoler en retirant de son échec un bénéfice et un accroissement d'autorité.
Toujours préoccupé de la frontière allemande, vers laquelle il dirigeait sans cesse son regard et ses convoitises, il songea un instant à se créer de ce côté l'appui le plus certain, en faisant appeler son frère Charles de Valois au trône de l'empire. Il ne négligea rien pour atteindre ce but : il fit auprès des principaux seigneurs allemands des démarches multipliées, afin de les décider à favoriser l'élection de son candidat; il répandit de tous côtés des sommes considérables par l'intermédiaire d'ambassadeurs dévoués ; il chercha à gagner les électeurs les plus influents, au moyen de fortes pensions ou de magnifiques promesses ; il essaya même d'insinuer au pape Clément V la pensée de suspendre, pour cette fois seulement, le droit électoral et de nommer directement l'empereur. C'en était trop : l'excès des demandes et des démarches eut un effet contraire à celui qu'il avait espéré. Le pape, les électeurs et les.princes méprisèrent toutes les manœuvres royales; l'élection suivit son cours régulier, et Charles