‹ Philippe le BelChapitre 87 sur 242 · LA PAPAUTE · texte numérisé non relu

LA PAPAUTE

En même temps qu'il luttait avec persévérance contre les institutions féodales et réunissait sur la tête de la royauté tous les éléments du pouvoir souverain, Philippe le Bel rencontrait un autre pouvoir plus vivace, plus vigoureux, plus redoutable que tous ceux dont il s'était rendu maître, le pouvoir de rÉglise et de la papauté. Né sur les débris de Tempire romain, au moment oh toute la société païenne, désormais abandonnée à elle-même, cherchait partout un refuge, demandait à tous une protection et se tenait prête à tout accepter ou à tout subir pour assurer son salut, ce pouvoir qui, de nos jours encore, malgré les attaques dont il est l'objet, se montre avec toute sa force de résistance et d'impulsion, devait nécessairement conquérir, sur des nations faibles et délaissées,

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une entière prépondérance. Son influence fut d'autant plus grande et d'autant plus prompte, qu'à l'exemple du maître divin dont il suivait la loi, il apportait à des hommes jusque là pénétrés des principes de Tesclavage et du despotisme, une doctrine essentiellement basée sur l'exaltation des faibles et l'humiliation des puissants.

L'Église comprit que, dans ce chaos des ruines de l'empire, il y avait des germes de vie, de force et de grandeur qu'il lui appartenait de féconder. Elle pénétra partout pour s'approprier ces débris épars et en extraire les éléments d'une société nouvelle. Par ses évéques, par ses prêtres, par ses clercs de tous degrés, elle se mêla à tous les rangs, à toutes les classes, principalement aux classes inférieures, et leur prêcha sa doctrine de foi, d'espérance et de charité. Les grands eux-mêmes furent obligés de se soumettre à son irrésistible influence. Les souverains, pour assurer la stabilité de leurs trônes, voulurent se mettre sous sa protection et sa sauvegarde, non-seulement en sollicitant ses bénédictions, mais encore en reconnaissant solennellement sa suprématie. Ce n'était évidemment pas un pouvoir ordinaire que ce pouvoir, s'étendant tout à coup sur les têtes les plus hautes et les forçant à s'incliner devant lui. Jusqu'à lui, la force matérielle, la violence, l'attaque à main armée, avaient été les seuls moyens de soumettre les peuples et de fonder les gouvernements. Ses armes, au contraire, étaient toutes pacifiques, et l'unique secret de ses conquêtes consistait à pénétrer d'idées morales, de sentiments du droit et du devoir, des esprits jusqu'alors habitués à n'obéir qu'à la contrainte, et commençant à sentir le charme de la persuasion. D'un autre côté, un be-

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