‹ Philippe le BelChapitre 88 sur 242 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE

soin d'ordre et d'autorité se manifestait chaque jour dans celte société avilie par le despotisme des empereurs, et tout à coup livrée au chaos d'une liberté sans limites. UÉglise s'offrait à rétablir partout la hiérarchie et la règle, et l'accueil unanime qui lui fut fait prouve combien elle avait compris les nécessités du moment.

Toutes ses institutions, tous ses actes furent calculés de manière à se trouver en harmonie complète avec les aspirations de la foule. Des idées d'indépendance et de liberté germaient au milieu des populations longtemps asservies; elle montra qu'elle savait les comprendre, en opposant la loi à l'arbitiaire, Taffranchissement à l'esclavage, et en flétrissant par des excommunications multipliées tout ce qui lui paraissait entaché d'injustice et d'abus de pouvoir. Tout en elle avait comme un reflet de démocratie, qui devait singulièrement flatter les regards de ceux à qui elle dictait ses lois. Partout, en son nom, les petits étaient exaltés, les grands étaient abaissés. La monarchie religieuse elle-même, tout en prenant pour base de son gouvernement un absolutisme nécessaire, ne voulait tenir que d'une élection libre les insignes de son autorité. Chacun pouvait prétendre au souverain pontificat; le plus souvent même, ce furent les plus humbles qui réunirent les plus nombreux suffrages. On conçoit alors quelle influence devaient avoir sur le monde entier ceux qui, par le fait seul de cette élection populaire, acquéraient le pouvoir de mettre, à l'aide de quelques paroles solennelles, tout un royaume en interdit, en fermant les églises, en arrêtant l'exercice du culte, en forçant les rois à descendre de Ipurs trônes et en les livrant au mépris de leurs sujets.

En vain les rois voulurent-ils quelquefois résister à de telles prétentions, en se prévalant de leur inviolabilité et en opposant leurs forces matérielles à la force morale de TÉglise : TÉglise leur répondît toajours par un principe que plus tard on lui opposa loi*sque, à son tour, elle voulut absorber tous les pouvoirs; elle proclama l'indépendance absolue du pouvoir spirituel et l'impuissance du pouvoir temporel d'y porter atteinte. Si cette indépendance avait toujours été maintenue dans les limites qui lui avaient été primitivement assignées, si chacun de ceux qui la revendiquaient s'était borné à agir conformément à son droit, sans prétendre au partage du droit de son rival, jamais la paii n'aurait été troublée entre deux puissances également respectables, et l'histoire n'aurait pas eu à constater les déplorables conséquences de leurs trop fréquentes dissensions. Mais il n'en fut pas ainsi : il est certain, en effet, qu'à diverses époques, les dépositaires des .deux souverainetés de ce monde, c'est-à-dire de la souveraineté spirituelle et de la souveraineté temporelle, se sont trouvés en présence, cherchant à se dominer mutuellement et à usurper l'un sur l'autre la plus grande somme possible de pouvoir. Dans ces luttes réciproques, où la royauté, pour se défendre, recourait à la force et à la violence, la papauté, le plus souvent, dédaignait de telles armes et restait presque toujours victorieuse^ avec l'emploi pur et simple des armes pacifiques de la religion et de la foi. Alors l'autorité temporelle, malgré son déploiement de machines de guerre, était forcée de reculer et de s'humilier, en présence de la seule menace d'une interdiction pontificale, par suite de laquelle tout, dans un royaume, depuis le prince

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