‹ Philippe le BelChapitre 89 sur 242 · LIVRE TROISIEME. -— CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. -— CHAPITRE I

jusqu'au dernier des sujets, pouvait être frappé d'impuissance et d'indignité, au point de vue de la pratique religieuse et de la participation aux sacrements.

On a regardé plus d'une fois comme autant d'abus de pouvoir les emplois réitérés de ces armes spirituelles par les souverains pontifes. Mais on n'a pas assez considéré qu'aux époques primitives auxquelles nous faisons allusion, il était utile de procéder ainsi, pour ne pas laisser de nouveau la force matérielle prévaloir. Ajoutons que les papes agissaient, en pareilles circonstances, le plus souvent dans les limites de leur droit, et que ce droit, ils le tenaient du consentement unanime des nations sur lesquelles ils exerçaient leur autorité. Ces nations nouvelles, sur lesquelles tombaient, dans certains cas, les foudres de l'Eglise, devaient, en grande partie, leur existence à l'Église elle-même, et de même que l'Église, en les frappant d'anathëme, savait qu'elle ne frappait que son propre ouvrage, de même, en s'inclinant devant une condamnation ecclésiastique, les peuples avaient la conscience que l'Église avait tout pouvoir pour les frapper avec rigueur. L'exercice de ce pouvoir donnat-il lieu à quelques abus? 11 serait peut-être aussi téméraire de le nier d'une manière absolue que de l'affirmer positivement. Mais ce qu'on peut admettre sans témérité, c'est que le plus souvent, pour ne pas dire presque toujours, l'Église, en multipliant ses efforts pour accroître indéfiniment sa prépondérance, n'a considéré que le bien public et le besoin de faire partout dominer les principes de haute vertu qu'elle tient de sa divine mission.

On sait ce qu'était le pouvoir temporel au moyen-

àgc : c'était la force brutale pure et simple, sans notions de droit, de justice, de légalité, de moralité. Des peuples abandonnés sans secours à un tel régime n'avaient qu'une condition à subir, celle du despotisme et de l'esclavage, dont la conquête les avait une première fois affranchis. Le pouvoir spirituel leur offrait, au contraire, tout ce qui pouvait non-seulement les défendre contre les brutalités des gouvernants, mais encore remplacer ces brutalités par un ensemble d'enseignements et d'exemples destinés à développer et à élever leur esprit. Quand les rois ou les empereurs essayaient d'abaisser leurs sujets sous le joug pesant du despotisme matériel, les papes intervenaient et relevaient le courage des peuples par le mot toujours magique de liberté.

Celui d'entre les souverains pontifes dans lequel on s'est accoutumé à personnifier l'absolutisme ecclésiastique, Grégoire VII, n'a pas fait autre chose que de s'efforcer d'affranchir l'Église d'un pouvoir dominateur, dont l'intervention, dans les affaires religieuses, tendait à tout démoraliser là où devaient régner exclusivement la morale et la vertu. S'il établit dans l'Église l'omnipotence du saint-siége, ce ne fut que pour faire diriger les consciences par un clergé plus pur, plus uni, plus dédaigneux des vanités humaines, plus soumis à ses propres lois. S'il eut la pensée d'une domination souveraine, non-seulement sur les consciences, mais encore sur les États eux-mêmes, à l'aide de cette théocratie universelle dont le sceptre devait s'étendre sur la chrétienté tout entière, ce fut assurément par suite d'un sentiment exagéré de ses droits et de ses devoirs de pontife; mais ce fut en même temps pour montrer à tous qu'entre deux pou-

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