‹ Philippe le BelChapitre 90 sur 242 · LIVRE TROISIÈME. CHAriTRE I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAriTRE I

voirs rivaux, celui qui devait prévaloir était celui que chacun reconnaissait encore comme l'interprète infaillible de la justice et de la vérité.

A mesure que le pouvoir royal vit son influence s'étendre et son autorité s'agrandir, la lutte devint plus vive, à raison de sa résistance aux prétentions souvent blessantes du pouvoir ecclésiastique. Philippe- Auguste fut le premier de nos rois qui osa braver ouvertement les foudres pontificales, et l'énergie avec laquelle il maintint les prérogatives et l'indépendance de son gouvernement, devint le point de départ des protestations de ses sucesseurs contre les envahissements du Saint-siége. Saint Louis montra sur ce point combien la véritable piété sait toujours concilier les choses en apparence inconciliables, en revendiquant solennellement pour la royauté le droit de ne prêter main-forte aux sentences de l'Église qu'après avoir reconnu la justice de la condamnation.

Philippe le Bel fit un pas de plus dans cette voie d'affranchissement du pouvoir temporel; et ce qui, sous les règnes précédents, n'avait été qu'une proclamation d'indépendance réciproque, devint, sous son règne, entre le pape et le roi, une violente séparation. Quels furent les desseins de ce petit-fils de saint Louis dans la déplorable querelle qui, pendant près de dix années, tint les esprits et les consciences en suspens sur les droits réclamés de part et d'autre? Quels furent les résultats de Topiniâlrçté avec laquelle le roi poursuivit jusque sur les marches du trône pontifical ce pouvoir spirituel, accoutumé jadis à tout soumettre à sa volonté suprême, obligé désormais de compter avec un pouvoir rival auquel il devenait de plus en plus impossible de résister? Pour répondre à ces deux

questions, il faut examiner de nouveau des faits déjà connus, quoique toujours reproduits, dans un sens ou dans l'autre, avec une certaine partialité; il faut voir encore en présence ces deux hommes, le pape et le roi, Boniface YIII et Philippe le Bel, doués chacun de qualités éminentes, mais dévorés Tun et l'autre d'un besoin de domination, qui devait amener les violences dont nous avons à apprécier la portée.

Chose remarquable dans une lutte de ce genre, celui qui fut le provocateur était un homme religieux, pénétré des traditions chrétiennes que lui avaient léguées ses ancêtres, fidèle à l'observation des devoirs que lui imposaient sa foi personnelle et l'exemple de son aïeul. Un des contemporains de Philippe le Bel, Guillaume l'Écossais, qui l'assista, dit-on, à ses derniers moments, a dit de ce prince, dont la physionomie générale est si difficile à saisir, qu'il était exact aux offices divins, t strict observateur des jeûnes prescrits par l'Église, » et qu'il allait même quelquefois jusqu'à dompter sa chair avec un cilice : c'était, en un mot, au dire de cet historien, au point de vue purement religieux, un digne petit-fils de saint Louis. Ce n'est donc ni par irréligion ni par mépris de l'Église que Philippe le Bel entreprit d'attaquer, aussi vivement qu'il l'a fait, le représentant suprême du pouvoir ecclésiastique. Mais, accoutumé à voir plier sous son sceptre de fer tout ce qui pouvait gêner les progrès de son despotisme, il ne put supporter une résistance d'autant plus redoutable, qu'elle émanait d'un pouvoir universellement respecté.

Dès la trêve conclue, en 1297, entre la France, l'Angleterre et la Flandre, par l'intermédiaire de Boniface, Philippe le Bel avait fait ses réserves en faveur

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