LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE I
dait de part et d'arutre son secours et sa protection, il répondit par une bulle célèbre, connue sous le nom de bulle Clerids laïcos\ aux termes de laquelle une sentence d'excommunication était lancée, tout à la fois contre les princes qui lèveraient des impôts sur le clergé, et contre les ecclésiastiques qui auraient la faiblesse de se soumettre à ces impositions. Toutefois il ne tarda pas à comprendre qu'une telle mesure dépassait toutes les bornes de la modération et de la prudence : l'irritation l'avait dictée, sans songer aux conséquences qu'elle pouvait avoir, et celui qui s'était laissé dominer par le besoin de protester contre de prétendus abus de pouvoir, revint bientôt à des sentiments plus conformes à son caractère et à sa dignité.
Au lieu d'excommunier purement et simplement les imposants trop rigoureux et les imposés trop complaisants, il déclara, dans sa bulle ïneffabilis amor ', qui suivit immédiatement la bulle Clericis laicos, que le roi pourrait lever des impôts sur le clergé, mais à la condition d'obtenir préalablement l'autorisation du saint-siége. Il ajouta, dans la même bulle, que cette autorisation serait donnée, même pour la vente des vases sacrés, toutes les fois qu'il y aurait péril imminent et nécessité de pourvoir par ce moyen à la défense de l'État. Si la bulle s'était bornée à ces termes pacifiques, Philippe le Bel n'aurait eu rien à y répondre, ou du moins il se serait mis dans son tort en refusant de s'y soumettre. Mais le pape ne se contenta pas de la concession qu'il venait de faire eft ne tarda
' DupuY, p. 14.
' DupuY, p. 15.
pas à reprendre le ton agressif qu'il avait paru un instant regretter.
Entre les deux balles dont il vient d'être question, Philippe le Bel avait rendu un édit par lequel il prohibait toute exportation d'or, d'argent et de marchandises hors du royaume. Cette prohibition, qui pouvait avoir pour résultat d'anéantir un des plus beaux revenus des États romains, fut considérée par le souverain pontife comme une nouvelle attaque contre son pouvoir. Il ajouta donc à sa dernière bulle une protestation contre l'édit prohibitif et renouvela ses menaces d'excommunication, en avertissant le roi des maux qu'il accumulerait sur sa tête, en perdant, par son mauvais vouloir, la bienveillance et l'appui du saintsiège. On a dit qu'une réponse violente à ces nouvelles menaces avait été préparée par le roi et ses conseillers, résolus plus que jamais à maintenir avec énergie les droits de la royauté. Il parait certain, en effet, que Philippe le Bel avait fait rédiger par un de ses courtisans une lettre au pape, dans laquelle étaient renouvelées, en termes d'une violence extrême, ses affirmations au sujet de l'indépendance absolue du pouvoir temporel. Mais il est aussi non moins avéré que cette lettre n'est jamais parvenue à sa destination.
Quoi qu'il en soit, Philippe le Bel continua à prohiber l'exportation de l'or et de l'argent, et à lever des impôts sur le clergé, à mesure que le besoin s'en faisait sentir. Bonifacé essaya encore de protester; mais les évêques, entrevoyant les conséquences désastreuses pour la religion, d'une lutte prolongée avec le pouvoir temporel, conseillèrent au pape quelques concessions nouvelles. Ces concessions se traduisirent