LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE I
bientôt dans la bulle Romana mater Ecclesia^^ aux termes de laquelle le souverain pontife déclara qu'en cas d'absolue nécessité le clergé pourrait être soumis à certains impôts, sans l'autorisation du saint-siége. Une autre bulle, intitulée Noveritis vos *, alla môme jusqu'à laisser au roi, en pareille matière, pourvu qu'il fût majeur, toute liberté d'appréciation. Il était évident qu'un rapprochement se manifestait entre les deux pouvoirs rivaux, et que si d'autres faits ne venaient pas compliquer ou envenimer la situation, la paix ne tarderait pas à se conclure de part et d'autre. Il y eut, en effet, dans le cours de l'année 1297, entre le pape et le roi, un accord à peu près complet, et cet accord se serait d'autant mieux maintenu, si des circonstances nouvelles n'étaient venues le rompre, que Boniface, pour prouver à Philippe, et son désir de bonne harmonie, et son respect pour le trône de France, venait de proclamer par une bulle solennelle la canonisation de saint Louis.
Dans ce rapprochement des deux pouvoirs, le pape était surtout dominé par des circonstances étrangères à Philippe le Bel, mais assez graves cependant pour avoir une certaine influence sur le dénouement de ces tristes débats. Boniface, en montant sur le trône pontifical, s'était fait des ennemis redoutables dans la famille gibeline des Colonna, anciens partisans du dernier pape, Célestin V, qu'ils prétendaient avoir été violemment détrôné par son successeur. La haine que cette famille puissante portait au nouveau pape était telle, que partout, et par tous les moyens possibles,
* Ad. Baillkt, Additions aux preuves de Dupuy. » Dupuy, p. 39.
ses membres les plus importants répandaient le bruit que Bonirace n'itait qa*un usurpateur, que son élection était radicalement nulle, et qu'il ny arait pas lieu d'obéir à ses prescriptions. L'un d'eux, Sciarra Colonna, poussa la violence jusqu'à attaquer sur un chemin public ceux qui transportaient le trésor pontifical et s'emparer de ce trésor. C'en était trop : Boniface frappa d'anathéme et d'excommunication, nonseulement l'auteur de cette coupable voie de fait, mais encore tous les membres de sa famille et tous ceux qui leur offriraient un refuge. Une ville, Palestrina, où deux cardinaux de cette famille avaient trouvé un abri, fut frappée de la même interdiction et rasée sans pitié. On n'y laissa debout qu'une seule église, comme témoin, vis-à-vis des races futures, de la manière dont Boniface savait venger les affronts qui lui étaient faits.
Ces querelles de Boniface VIII avec les Colonna paraissent avoir été la cause principale du rapprochement momentané qui s'opéra entre lui et le roi de France. Mais une fois débarrassé de ses plus redoutables ennemis, le pape, encore enhardi par cette victoire, ne tarda pas à prendre, à son tour, vis-à^vis de Philippe le Bel, une attitude provocatrice.
Ce fut le grand jubilé séculaire de Tannée 1300, qui devint le point de départ de la reprise des hostilités. Boniface fut évidemment et malheureusement ébloui par tout ce qu'il vit à cette occasion : l'afflluence des pèlerins de toutes les nations de la chrétienté, accourus à Rome pour se jeter aux pieds du chef de l'Église; la pompe des^cérémonies religieuses, présidées par lui avec tout l'éclat de la puissance et de la souveraineté; les rangs pressés des représentants de