‹ Philippe le BelChapitre 95 sur 242 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE I

choisir plus mal un ambassadeur chargé d'une mission pacifique. En effet, indépendamment de ce fait, essentiellement défavorable, de son élévation à l'épiscopat en dépit du roi, qui avait eu à se plaindre de sa conduite vis-à-vis des agents de la couronne, l'évéque de Pamiers était d'un caractère difficile, hautain, insolent, passionné, irascible et disposé à ne rien dissimuler, même en face du roi, de ce que pourraient lui inspirer d'injurieux et de violent les circonstances dans lesquelles il était venu.

A cette époque, Guy de Dampierre, comte de Flandre, et sa fille étaient encore retenus par Philippe le Bel, l'un en prison, l'autre à la cour de France. Bernard de Saisset considéra qu'il était de son devoir de réclamer tout d'abord la mise en liberté de ces prisonniers royaux. Au lieu de prendre le ton de la prière, comme il eut été convenable de le faire en pareil cas, il prit le ton du commandement et l'accompagna de paroles tellement inconvenantes, qu'on dut lui imposer silence et le menacer même de l'exclure de l'audience du roi, s'il persistait dans cette allure agressive. Alors il ne connut plus de bornes et déclara nettement t qu'encore que sa ville se trouvât « dans les limites du royaume de France, il n'était « sujet de personne; qu'il ne tenait rien du roi; qu'il « n'était soumis qu'au pape, et qu'il ne reconnaissait t point d'autre puissance que la sienne, tant pour le € temporel que pQur le spirituel. » 11 compléta même cotte protestation violente en déclarant, au nom de son maître Boniface YIII, que « si on ne lui accordait € la liberté du comte de Flandre, il jetterait l'interdit € sur tout le royaume et fulminerait même l'excomt munication sur la personne du roi. » C'en était

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assez pour autoriser Philippe le Bel à punir à l*ias i tant même, par une arrestation et une détention iodé ' finie, le sujet rebelle, dans Tévéque aussi peu soucieui! de sa propre dignité. Le roi montra lui-même à tous, en cette circonstance solennelle, Texemple de la! patience et de la modération. Il se borna à enjoindrai au légat du pape de se rendre immédiatement dans son! diocèse ou de retourner à Rome, à son choix.

Toutefois, un tel abus de paroles et de menaces ne' pouvait rester impuni : Philippe le comprit et envoya à son tour à Rome un de ses légistes, Pierre de Flotte, comme ambassadeur, pour réclamer auprès du pape la juste réparation des injures proférées par Bernard de Saisset. Mais le pape était déjà informé de ce qui s'était passé en France par son légat, qui lui avait rendu compte du résultat de sa mission, de manière à mettre tous les torts du côté du roi. Aussi Pierre de Flotte n'obtint-il, de la part de Boniface, qu'une réponse évasive aux plaintes qu'il venait formuler, et ne rapporta-t-il en France que la conviction de nouvelles attaques préparées par le saint-siége contre la royauté.

En effet, au lieu de promettre à l'ambassadeur du roi la répression de l'acte inconvenant dont l'évoque de Pamiers s'était rendu coupable, le pape songea à profiter de cette circonstance pour faire de nouvelles tentatives d'envahissement contre le pouvoir temporel.

Non-seulement il convoqua à Rome un concile général ayant pour mission spéciale de sauvegarder les libertés ecclésiastiques et de mettre 'un terme aux oppressions de toute sorte dont le clergé se prétendait victime; il poussa même la témérité jusqu'à inviter le roi à com-

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