‹ Philippe le BelChapitre 97 sur 242 · LIVRE TROISIEME. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. CHAPITRE I

des pouvoirs différents, devraient vivre toujours dans une parfaite union.

Philippe le Bel interpréta les termes de la fameuse bulle dans le sens le plus défavorable à l'intégrité de son pouvoir et fit brûler solennellement sur la place publique, en présence de la foule assemblée, cet acte attentatoire à ses privilèges et à sa dignité. Nous ne parlons pas ici de deux pièces publiées par certains historiens, comme émanant des deux pouvoirs rivaux, et contenant un échange de grossières injures, aussi indignes du pape que du roi. Il est maintenant prouvé que ces deux libelles avaient été fabriqués par de maladroits amis de Philippe le Bel, pour provoquer contre son adversaire de violentes et injustes récriminations.

Mais ce qui est incontestable, c'est qu'au moment où tous ces excès se produisaient, les choses en étaient venues entre les deux puissances rivales à un tel point d'animosité, que toute réconciliation devenait de plus en plus impossible, et que, de part et d'autre, il fallait se défendre à tout prix contre les attaques incessantes d'un adversaire essentiellement redoutable. Tandis que le pape faisait tous ses efforts pour réunir à Rome un concile spécial, en vue de la condamnation de la conduite de Philippe le Bel et de ses agents, le roi prenait toutes les mesures nécessaires pour empêcher cette réunion et, en tout cas, pour la combattre par des armes égales. Non content de défendre au clergé de France de se rendre à. l'appel du souverain pontife, de menacer des peines les plus sévères, notamment de la confiscation de leurs biens, tous les ecclésiastiques qui violeraient cette prohibition, de montrer même par des exécutions immédiates qu'il

était fermement résolu à se faire obéir, Philippe le Bel recourut à son tour à un moyen suprême de défense et d'attaque. Il réunit pour la première fois les étals généraux, c'est-à-dire les Irois ordres de la noblesse, du clergé et de la bourgeoisie, pour délibérer sur la situation. Cette réunion, sur laquelle nous aurons à revenir avec quelques développements lorsque nous nous occuperons spécialement de la formation du Tiers- État, est certainement un des faits les plus considérables du règne de Philippe le Bel.

Ce qui la distingue de toutes celles qui Tavaient précédée, c'est Tadjonclion aux deux premiers ordres de celui qui longtemps encore ne fut rien et qui devint tout par la suite, c'est-à-dire de l'ordre du peuple, que le roi le plus despote du moyen âge a au moins la gloire d'avoir fait, le premier, sortir de son néant. Ce fut à Notre-Dame, le 10 avril 1302, que cette grande assemblée fut appelée à donner son avis sur une des questions les plus hautes qui puissent occuper un gouvernement, celle des rapports du pouvoir temporel avec le pouvoir spirituel. Malheureusement, la délibération ne fut pas telle que nous pourrions nous la figurer, sérieuse, grave, impartiale; et même on peut dire qu'il y eut, en cette circonstance, plutôt une suite de récriminations contre les prétentions pontificales qu'un véritable examen de la difficulté. Ce fut le garde des sceaux, Pierre de Flotte, qui se chargea de prononcer la harangue accusatrice et de résumer, dans un discours d'une éloquence acerbe, fourbe et passionnée, tous les griefs du roi contre le pape. Il représenta, entre autres choses, et en faisant allusion aux droits d'investiture et de régale, qui étaient l'objet de dissensions continuelles entre les deux pouvoirs,

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