‹ Philippe le BelChapitre 98 sur 242 · UVRE TROISIÈME. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

UVRE TROISIÈME. CHAPITRE I

que toute la disposition des bénéfices du royaume allait au pape par mille artifices, sans que les évoques pussent les conférer, dans leurs diocèses, à ceux dont ils avaient éprouvé la vertu et dont ils connaissaient le mérite; que l'Église gallicane était fort surchargée de beaucoup de nouveaux impôts, et qu'il se commettait impunément des violences et des extorsions de la part des traitants et autres officiers de la cour de Rome; que les archevêques se trouvaient dépouillés du pouvoir et de la juridiction qu'ils devaient avoir sur les évéques, leurs sufTragants, par des exemptions et privilèges accordés par le pape; que, depuis quelque temps, la ceur de Rome avait fait en sorte qu'on eût recours à elle pour toutes choses, et que rien ne s'y faisait que pour de l'argent, ce qui était également honteux pour le saint-siége et pour la France... » Enfin, il termina son discours en protestant pour le roi que Sa Majesté ne reconnaissait point d'autre supérieur que Dieu pour le temporel, et en ajoutant que, pendant son dernier séjour à Rome, il avait découvert, de la part du pape et de toute sa cour, des intrigues éminemment dangereuses pour la royauté.

Après cette allocution, qui ne souffrit pas de réplique, l'assemblée fut consultée sur l'unique question de savoir à qui du pape ou du roi le royaume de France était sujet. A une question posée en ces termes la réponse ne pouvait être douteuse, et tout d'une voix il fut déclaré, par les trois ordres réunis, qu'on ne reconnaissait en France que Dieu et le roi pour supérieurs dans le temporel. Seulement, les membres de de chaque ordre écrivirent et transmirent leur avis à

Rome dans une forme différente, selon les rapports

plus oa moins directs qu'ils avaient avec le Saintsiège. Les barons s'exprimèrent d'une manière rude et hautaine contre les prétentions téméraires da chef de l'Église; les communes, dont l'épltre n'a pas été retrouvée, paraissent avoir écrit dans le même sens; le clergé se montra naturellement plus réservé et s'excusa de l'appui qu'il avait prêté au pouvoir royal sur la crainte de voir se rompre pour toujours l'antique union de la France et de l'Église romaine.

Boniface ne put apprendre la décision prise par l'assemblée des trois États sans exprimer à ceux qui lui en firent part le mécontentement qu'il en éprouvait et la ferme volonté qu'il avait de ne rien céder à de telles manifestations. La convocation d'une assemblée politique par Philippe le Bel l'affermit encore dans la résolution de convoquer de nouveau le concile qu'il avait précédemment décrété. Aux convocations qui furent faites à cette occasion à tout le clergé de France, Philippe répondit par un second édit portant interdiction à tout ecclésiastique de sortir du royaume, et fit même garder les passages pouvant donner accès direct ou indirect du côté des États romains. En même temps il réunil, le 12 mars 1303, au Louvre, un grand concours de barons, de prélats et de légistes, paimi lesquels se trouvaient le comte de Valois, le comte d'Évreux, le duc de Bourgogne, le connétable de France et plusieurs autres grands seigneurs de la cour. Pierre de Flotte était mort et avait été remplacé, en qualité de garde des sceaux, par Guillaume de Nogaret, qui, comme légiste et comme petit-fils d'un Albigeois brûlé pour fait d'hérésie, nourrissait une haine personnelle contre la papauté. Lors de la première convocation des États, il s'était déjà montré

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