‹ Philippe le BelChapitre 99 sur 242 · LIVRE TROISIÈME, -r- CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME, -r- CHAPITRE I

l'ardent auxiliaire de Pierre de Flotte en attaquant la validité de l'élection et le caractère du pape, dont il avait même demandé l'incarcération. Dans la réunion des barons, il ne se montra pas moins violent et recommença ses attaques contre Boniface VIII. A Ten croire, le souverain pontife n'était qu'un hérétique, ne croyant ni à l'immortalité de l'âme ni à la vie éternelle, méprisant l'Eucharistie, pratiquant la fornication, trafiquant des bénéfices, commettant tous les crimes, volant l'argent destiné à la Terre sainte, créant des cardinaux mariés et forçant leurs femmes à prendre le voile, enfin siégeant sur le trône pontifical après avoir empoisonné Célestin, son prédécesseur.

De telles paroles ne pouvaient pas rester sans réponse de la part de celui qui venait d'être si violemment attaqué. La réponse du pape ne se fit pas attendre, et, un mois après la réunion dont il vient d'être question, c'est-à-dire le 13 avril, Boniface lança contre Philippe une sentence d'excommunication qui devait recevoir de plein droit son effet immédiat, si celui qu'elle frappait persistait à ne pas se soumettre à la volonté du Saint-siége. Philippe fut averti de la mesure rigoureuse dont il était l'objet, et avant que l'archidiacre de Coutances, chargé de la lui faire connaître, eût eu le temps de remplir sa mission, il le fit arrêter à moitié chemin, lui arracha des mains la sentence dont il était porteur et le força de quitter la France, après l'avoir retenu quelque temps prisonnier. Le pape ne perdit pas courage et décréta contre le roi rebelle la bulle Super Pétri solio excelso^, contenant tout à la fois une nouvelle sentence d'excommunica-

' Baillet, Additions aux preuves de Dupuy.

lion el une énamération détaillée des nombreux griefs reprochés à Philippe. Si le souverain pontife, y est-il dit en substance, a reçu du ciel une puissance souveraine sur tout Tunivers, cette puissance n'est exercée que pour diriger les rois dans la voie du salut. Que Philippe réfléchisse donc aux peines qu'il a encoaraes pour sa résistance à la volonté pontificale et pour les actes nombreux de rébellion envers la sainte Église dont il a chargé sa conscience. Il a empêché la réunion d'un concile général, en interdisant aux ecclésiastiques français de s'y rendre et en confisquant les biens de ceux qui s'y étaient rendus. Il a outragé des prélats chargés par le souverain pontife de missions conciliatrices. Il a porté la main sur divers chefs de communautés, dévoués au chef de l'Église. 11 a fait jeter en prison un cardinal porteur d'une sentence du pape. Enfin, il a commis tant d'excès contre le Saintsiège, que Boniface ne peut se dispenser de sévir contre lui par un sévère et juste jugement.

Celte sentence fut rendue dans la petite ville d'Anagni, lieu de naissance de Boniface YIII, où ce pontife, ne se croyant plus en sûreté dans sa capitale, s'était momentanément retiré. Avant qu'elle ne fût devenue exécutoire par la publication qui devait préalablement en être faite, Philippe le Bel, officieusement informé de cette nouvelle condamnation prononcée contre lui, prit toutes les mesures nécessaires pour en arrêter Teffelet pour se venger, par un coup d'éclat, de toutes les rigueurs du Saint-siège. C'est ici que se place la triste catastrophe de tous ces déplorables démêlés : si quelqu'un eut un beau rôle dans cette dernière scène d'un drame lamentable, ce ne fut certes ni Philippe le Bel ni aucun de ses représentants.

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