‹ Philippe-N. Pacaud [microforme]Chapitre 4 sur 5 · XXV · texte numérisé non relu

XXV

Cependant les heures étaient longues ; et il fallait bien tuer Je temps comme on pouvait, Chacun se creusait la tête pour trouver des distraction. Tous les jours on inventait quelque nouvel amusement, quelque nouvelle scie, queique nouvelle mystfication. Dieu sait si les tourne-clefs peu compatissants, aussi bien que le médecin de la prison, le pauvre Dr Arnoldi, en eurent à subir de toute espèce ! Que

is-je ? narguant l'autorité dans son appa-

bon matin de parodier les délibérations da Ja

cour martiale, On commença par décorer l'appartement, Un jeune arpenteur du /” nom de Blanchard, habile dessinateur, crayonna en noir et en rouge, sur l’un des pans de la grande salle, une charge emblématique qui eut un succès formidable, Le fond était un jJupon—ailusion maligne à la reine d'Angleterre suspendu, d'un côté sur une baïonnette, de l'autre sur une potence, Dans les plis de ce drapeau &'une nouvelle espèce, ge détachaient les armes de la fière Albion, le lion et la licorne, mais essoufflés, étiques, abattus, maigres à faire peur, et tournant le derrière à la couronne anglaise dont la forme affectait celle d’un certain ustensile fort utile dans le ménage, mais qui se place généralement ailleurs que dans la salle à manger. Sur l’ensemble planait un magnifique aigle américain enlevant dans sès serres les deux légendes: Dieu et mon droit, et Honi soit qui mal y pense.

C'était assez irrévérencieux, comme on le voit ; mais nos jeunes révolutionnaires en avaient fait bien d'autres, Pour eux, c'était du dernier cocasse,

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PHILIPPZ-N, PAOAUD 47

Chaque nouvel arrivé subissait un procès en règle, L'acte d'accusation comportait invariablement le même délit: celui d'avoir négligé de so rendre au camp général—la prison, Les verdicts comme les sentences brillaient aussi par leur uniformité : tous les accusés étaient invariablement trouvés coupables, et tous infaillibloment condamnés... à Payer les rafrafchissements au personnel de la Cour. Les ré-

C'était M. Pacaud qui, avec la dignité d’un sénateur romain, présidait ces assises hétéroclites.

Parmi les officiers de l'armée qui visi-

. faient la prison pendant les séances du

tribunal, les uns en riaient, les autres s'en formalisaient. L'un de ce derniers, furieux de voir ces Pauvres jeunes gens Prendre si gaiement leur Parti des circonstances, demanda même, sur un journal an-

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48 BIOGRAPHIE DE glais de Montréal, ‘“ si c'était l'intention

du gouvernement d'engraisser ces messieurs avant de les pendre !

Î ÿ avait pourtant bon nombre de ces malheureux qui étaient loin de s’engrais- ‘ser: La prison étant trop étroite pour contenir tous ceux qui avaient été arrêtés, on en avait entassé un grand nombre dans les hangars de M. Berthelot, où on les laissait manquer des choses les plus nécessaires à la vie. C’étaient, pour la plupart, des habitants de la Campagne ; et l’on conçoit qu'une ration d’une livre et demie de pain était tout à fait insuffisante pour cette forte race d'hommes accoutumés aux rudes travaux des champs.

M. Pacaud imagine un ingénieux moyen de leur porter secours. Chaque matin, tous les prisonniers devaient se ranger à la file, dans la salle commune, pour recevoir leur ration. Or, parun généreux procédé de la part d’un tourne-clefs, dont on arrosait le bon vouloir en conséquence, M,

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Pacaud et ses six Compagnons de chambrée avaient le privilége d'être servis en particulier dans leur appartement, Aussitôt que la part de pain pour les sept était déposée dans leur chambre, trois d’entre eux allaient se faufiler dans les rangs, et recevaient trois nouvelles rations, En quelques jours, cela faisait une jolie provision de pain que nos amis faisaient parvenir à leurs compagnons d’infortune par l'intermédiaire de quelques bonnes dames qui visitaient la prison, et qui s'extasiaient de ce que des jeunes gens si bien constitués eussent si peu d’appétit.

Pieux larcin dont la Providence leur

aura certainement tenu compte !

Enfin arriva le jour de la délivrance,

Au printemps, M. Pacaud, qui comptait de hautes protections auprès des autorités anglaises, fut relâché sur un cautionnement de dix mille piastres, probablement le plus haut montant qui aît été exigé d'aucun des prisonniers. Le lieut,-colonel

de La Bruyère et l'Hon. L.-A. Dessaulles furent ses garants,

Hélas ! notre pauvre ami ne devait rentrer dans sa famille que Pour y voir fondre sur lui les épreuves les plus cruelles qu'un homme de sa trempe pâût jamais subir. Un complet désordre régnait dans ses affaires.

Banque Canadienne avait sauté en entraînant ses directeurs et ges principaux actionnaires dans la ruine, Mais cela n'était rien pour M. Pacaud : en quelques mois, il dut conduire au cimetière deux de ses enfants, et fermer pour jamais les yeux à celle qui avait partagé ses joies et ses infortunes : femme de cœur et d'esprit, que l'on considérait comme l’une des beautés de l’époque. Cette beauté était même si remarquable que le jour du départ pour la prison, le lieutenant dont nous avons parlé, et quelques autres officiers anglais, ayant été invités à prendre un verre de vin Chez M. Pacaud, l’un d’eux ne put s’empécher de s’écrier : “ Jo bois à la santé de la

e de céans ; elle est aussi noble et cent fois plus belle que la reine d'Angleterre 1”

À. Dessaulles

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Resté presque seul au monde, ruiné, dégoûté, le cœur brisé, M. Pacaud alla chercher dans la solitude un adoucissement à ses chagrins. La Cognée du pionnier à la main, il s'enfonça dans les townships de l'Est, et alla planter sa tente à Saint-Norbert d’Arthabaska, sans autre ressource que Son Courage et son énergie. C'est là qu'après avoir Téconquis une honnête

Et puis, avec le bonheur domestique, il a retrouvé sa verve et ga gaieté d'autrefois,

Car Souvent, hélas ! la vie a des stages, à, meurtri, froissé, le cœur se flétrit ; Ainsi que la fleur, l'âme a ses orages ; ais qu’un doux nyne tombe des nuages, eurit |

Et tout re

BIOGRAPHIE DK

Ce doux rayon, M. Pacaud l’a trouvé dans la personne de mademoiselle Clarisse Duval, de Trois-Rivières, compagne digne de lui, qu'il épousa en 1847, et qui l'a rendu père d’une famille nombreuse et distinguée,

Il lui restait de son Premier mariage une fille héritière des traits et des vertus de sa mère, qui: fut d'abord madame Gaspard Dumoulin, puis madame William Duval. :

Son second mariage lui a donné :

Philippe-Joseph-Aurèle, Courtier à Arthabaskaville ;

Louis-J' oseph-Olivier-Ernest, avocat et protonotaire à Trois-Rivières !

Alphonse-Albert-Horace, marchand à

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