‹ Philippe Pinel et son œuvreChapitre 6 sur 14 · GALIEN · texte numérisé non relu

GALIEN

Né en Asie Mineure, à Pergame, l'an 131 de notre ère, Galien passa dans cette ville une partie de sa jeunesse. Il entreprit ensuite de nombreux voyages, afin d'accroître ses connaissances et vécut à Rome dans l'intimité ùe Marc-Aurèle. Dans cette capitale, il se fit le représentant de la doctrine hippocratique, et sous l'égide d'Hippocrate, il déclara la guerre à toutes les sectes médicales.

Que dire des œuvres de Galien, au point de vue de l'aliénation mentale ? S'il n'a point écrit sur ce sujet d'une manière dogmatique, on trouve çà et là dans ses livres des passages qui s'y rapportent. Ses deux opuscules sur les passions n'ont que des rapports indirects avec la pathologie mentale.

En revanche, le Traité de la subordination du moral au physique, ou, comme il dit, du caractère au tempérament, est comme la nouvelle charte de la physiologie mentale. Cet opuscule fait de Galien le prédécesseur de Locke et de Cabanis. A l'exemple des maîtres qui ensei-

— signaient à l'École d'Alexandrie, il plaçait le siège de l'intelligence dans le cerveau, et non dans le cœur, comme le voulait Aristote. Il savait par l'expérience que le cerveau étant mis à nu et comprimé, chez un animal vivant, celui-ci perd aussitôt le mouvement, le sentiment, l'intelligence et la voix, tandis que la compression du cœur, exercée dans des conditions analogues, n'amène rien de semblable. Il savait aussi que l'afflux du sang au cerveau par les carotides influait extraordinairement sur l'état, les dispositions et les aptitudes de l'organe central de l'innervation. Sous ce rapport, sa théorie ne s'écartait point de celle de Platon et d'Aristote. La preuve en est qu'il croyait aux esprits, autrement dit à l'influence du sang sur le système nerveux. Pour lui aussi, la partie la plus subtile du sang s'élaborait successivement dans le foie, dans le cœur et dans l'encéphale.

Physiologiste éminent, Galien insiste, dans tous les phénomènes qu'il étudie, sur la relation qui existe entre les causes et l'efl'et produit ; divisant les aff'ections du cerveau en primitives etsymptomatiques, il plaçait la folie parmi les premières. Le jugement, l'imagination, la mémoire, les trois grandes facultés qu'il admettait sans les localiser d'une manière précise, pouvaient, suivant lui, être isolément ou toutes à la fois, affaiblies, perverties ou abolies. Dans la pneumonie, dit-il, s'il survient du délire, l'âme est aff'ectée par sympathie. Au contraire, le cerveau souffre de tous côtés quand une des fonctions qui lui sont propres est lésée. C'est là-dessus que repose la division classique de l'ancienne pathologie mentale en maladies idiopathiques, ayant leur siège dans les organes de la vie supérieure, et en maladies par consensus. Le maintien ou

la rupture de l'équilibre moral dépend, à ses yeux, du tempérament du corps, c'est-à-dire de l'idiosyncrasie ou mélange des humeurs. Car les maux du corps dominent l'âme, « et cela, ajoute-t-il, est manifeste dans la mélancolie, la phrénitis et la manie». Mais comment l'âme est-elle lésée ? Galien avoue qu'il n'en sait rien, qu'elle soit renfermée ou non dans le cerveau comme dans une demeure, à moins qu'on ne la considère encore comme la résultante des dispositions physiques ou corporelles.

Ces théories vagues se trouvent particulièrement exposées dans le grand ouvrage où il prétend concilier les vues de Platon avec celles d'Hippocrate. Il est bien plus explicite dans le précieux opuscule de la Préduminance du physique sur le moral. Toutefois, un fait certain pour lui, et confirmé par ses observations, c'est que le cerveau éprouve une altération quelconque dans la folie.

Galien n'est point un peintre des maladies, à la façon d'Arétée et de Ccelius Aurelianus, mais on ne peut nier que par ses idées générales et ses recherches anatomiques, il n'ait ouvert de nouveaux horizons à la science. Nulle influence n'a été plus considérable que la sienne. On trouve peu de chose dans ses ouvrages sur le traitement de l'aliénation. Il en distingue deux formes principales : la manie et la mélancolie. Ces deux types résument toute la pathologie mentale durant le moyen âge et les deux premiers siècles de l'ère moderne. Toutes les variétés de la iolie étaient comprises ou confondues sous ces deux espèces .

Pour Galien, le siège de la Iolie est dans toute la tête; le principe de la manie se trouve dans la bile jaune, et c'est pour cela que les maniaques deviennent tumultueux, prompts à user de la violence ; la mélancolie, au contraire^

naît de la bile noire, d'une humeur froide et sombre, et c'est pour cette cause que les mélancoliques recherchent les ténèbres, fuient la lumière, sont tristes, soupçonneux, et se complaisent dans la solitude. La purgation, et surtout le vomissement provoqué par l'ellébore, sont efficaces dans ces deux maladies. Durant des siècles, tout le traitement, purement médical se réduit aux évacuants et aux émissions sanguines qui résumaient la thérapeutique humorale. Dans la frénésie, Galien conseille la saignée, les ventouses, les laxatifs, les lavements, les onctions et les affusions somnifères.

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