II. SE BROSSER LE VENTRE
La locution < se brosser le ventre », qui n'est point menlionnée par Littré, est ainsi commentée dans le dictionnaire de MM. Hatzfeld, Darmesteter et Thomas (au mot Brosser) : « Fig. en parlant de quelqu'un qui n'a pas de quoi manger, se brosser le ventre, faute de pouvoir le remplir. » Ce serait donc essayer de calmer par la friction le malaise ou la douleur que cause la faim. Mais on ne dit point quand on a faim et qu'on ne peut manger : * Je me brosse le ventre » ; on dit à quelqu'un à qui on refuse ce qu'il demande : « Vous pouvez vous brosser le ventre. » L'espa-
gnol possède une locution ([ui repose sur la même métaphore et explique la nôtre : un personnage d'un roman de M'"® Pardo Bazân^), auquel l'auteur prête un langage image mais trivial, voulant dire qu'il irait volontiers à Madrid, mais qu'il n'a pas les moyens de satisfaire cette fantaisie, s'exprime ainsi en se parlant à lui-même : « Puedes Imipiarte, Serapn, que estas de huevo », c'est-à-dire : « tu peux te nettoyer, car tu as mangé de l'œuf » et par conséquent « tu n'en auras plus » ; ou, en d'autres termes : « secoue ta serviette, ton repas est fait ». Dire à quelqu'un : « Vous pouvez vous brosser le ventre», c'est donc lui dire qu'il n'a plus rien à attendre. Cette locution enferme en même temps une sorte de consolation ironique : en conseillant à son interlocuteur de faire ce qu'il ferait s'il avait mangé, on l'exhorte à essayer du moins de s'imaginer qu'il a mangé.
^) Una cristiana, Madrid, s. d., p. 116.
(Romanla 1894, XXIIl, -23!>— 242.)