‹ Philon d'AlexandrieChapitre 2 sur 32 · AVERTISSEMENT. VII · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. VII

du Platon juif, et savamment disserté sur l'école religieuse des Hébreux d'Alexandrie. L'ouvrage de M. Daehne, qui tôt ou tard passera dans notre langue, et nous a fourni des indications précieuses, marque en quelque sorte le point d'arrêt de la critique moderne sur cette grave question : il est d'un érudit consommé, d'un penseur profond. Les Anglais ont depuis plus de douze ans une traduction complète des œuvres de Philon * .

Il nous en coûte d'ajouter que, sans les quelques pages du savant auteur de la Kabbale^ M. A. Franck, la littérature.philonienne chez nous serait à peu près nulle .

La réputation de Philon, si bien établie en Angleterre et en Allemagne, la justice rendue à sa haute valeur, ne datent pas d'hier. Les écrivains les plus autorisés ont, de tout temps, rendu delui d'éclatants témoignages : l'historien Josèphe le proclame « un homme illustre en tout ' »; Eusèbe vante t< l'abondance, la richesse, la sublimité de son style et la profondeur de ses pensées ' » ; saint Jérôme, parlant de ses ouvrages^ dit qu'ils sont remarquables et innombrables *; saint

* Philo Judœus. Works translated by Yonge, 4 vol. petit in-S". London, 18o4-o5.

^ Hist. ecclesiastic, lib. II.

* Opéra praeclara et propè innumerabilia {Catalog. Scnpt. ecdesiastic.)

VllI AVERTISSEMENT.

Augustin le loue comme un philosophe «d'une science universelle et profonde, et dont les Grecs ne craignent pas de comparer le langage à celui de Platon* » . Photius atteste aussi que ses écrits lui ont valu chez les Grecs une immense renommée ^ En vain quelques rabbins, à l'opinion desquels se range Scaliger % ont prétendu rabaisser l'érudition de notre auteur et son importance; elles demeurent démontrées parles récents travaux de l'Allemagne, elles sont incontestables pour tous ceux qui jugent sans parti pris, en connaissance de cause.

Cet homme vraiment admirable a parcouru, comme tous les grands philosophes de l'antiquité, l'échelle entière des connaissances humaines, histoire, morale, législation, politique, métaphysique, cosmogonie, physique, mathématiques. Rien ne lui est demeuré étranger. Nous n'ajouterons pas, selon l'usage des panégyristes, que partout il excelle ; il a d'assez belles qualités pour qu'on lui passe quelques défauts.

Son style, à force de pompe, tombe parfois dans l'emphase ; sa physique, on doit s'y attendre, est erronée, et sa cosmogonie naïve ; ses mathématiques ont une teinte prononcée de pythagorisme, elles attri-

1 Vir liberaliter eruditissimus , etc. {Cordra Faustiim , lib. XII.)

2 Bibliotbec. Cod. CIII.

3 V. Fabricius (Biblioth. Graec, tom. IV, pars I»).

AVERTISSEMLNT. IX

buent aux nombres de certaines vertus mystérieuses.

En législation et en politique, il s'est souvent, comme Platon, égaré dans les sentiers fleuris de l'utopie; mais il se recommande par des traits de haute moralité, et par des passages extrêmement curieux, où, mettant la royauté au-dessus des agitations populaires, il proclame avec netteté le principe démocratique et son corollaire, le suffrage universel.

Sa métaphysique est subtile : elle emprunte à l'Académie la théorie de l'Idée, et l'accouple à la conception du Logos, c'est-à-dire du Verbe, médiateur entre le monde et Dieu * , Démiurge créateur *, dont les écoles rabbiniques ont pris le mythe chez les Perses, et qui est appelé à jouer un rôle si considérable dans la philosophie chrétienne.

Notre auteur écrit l'histoire avec l'abondance élégante de Tite-Live ; mais il est inspiré par une conception religieuse qui le sépare nettement des auteurs païens et le rapproche des philosophes modernes : c'est l'idée d'une Providence qui veille aux destinées humaines, et particulièrement à celles du peuple juif. Dans la peinture des caractères il a presque le trait et la finesse nerveuse de Salluste ; il a de Tacite l'éloquence et la vertueuse indignation.

* V. la savante dissertation de Mangey, en tête de son édition des œuvres de Philon. Londres, 2 vol. in-fol., 1742.

* Mithra.

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