‹ Philon d'AlexandrieChapitre 27 sur 32 · OIT DES VERTUS · texte numérisé non relu

OIT DES VERTUS

cune de ces divinités se contente des honneurs qui lui sont propres et n'empiète pas sur ceui des autres : Caïus voulait accumuler sur sa personne les attributs de tous les demi-dieux, afin de surpasser^ ceux qu'il jalousait. Il ne prétendait point, à l'instar de Géryon, le monstre au triple corps*, surprendre par sa masse les spectateurs; mais, par un raffinement plus incroyable, il faisait successivement subir à un seul et même corps différentes métamorphoses, comme jadis l'Égyptien Protée, qu'Homère nous montre prenant tous les aspects des forces de la nature, tour-à-tour flamme rapide, bête effrayante, fleuve transparent *.

Mais, Caïus, qu'avais-tu besoin de prendre les attributs de ces idoles? Il fallait imiter leurs vertus. Hercule purgeait la terre et les mers ; il engageait des luttes utiles et nécessaires au genre humain, pour détruire les monstres nuisibles de l'un et l'autre élément. Bacchus cultiva la vigne et en exprima cette suave liqueur qui est bienfaisante à l'âme et au corps : à l'âme, elle inspire la sérénité, l'oubli des souffrances, l'espoir du bonheur; elle rend le corps plus sain, plus agile et plus fort. Et ce n'est pas seulement aux individus, mais aux familles, aux cités, que le vin procure ces bienfaits; aux labeurs de la vie il fait succéder de douces jouissances ; comme d'une source inépuisable,

* Selon la fable, Géryon était un roi d'Espagne qui avait trois corps, et dont Hercule emmena les bœufs.

' Vii^ile aussi, dans l'épisode d'Aristée {Giorgiq., IV), met en scène ee dieu étrange.

il verse indistinctement aux Grecs et aux Barbares la gaieté et l'allégresse des jours de fête. Voilà ce que nous devons au vin. Quant aux fils jumeaux de Jupiter, on rapporte qu'ils partagèrent ensemble l'immortalité : l'un des deux, qui seul était immortel, ne trouva pas raisonnable de s'aimer lui-même au point d'oublier son frère et de ne pas lui témoigner l'affection qu'il lui devait; il réfléchit qu'il ne mourrait jamais, que son frère mourrait pour toujours, que cette immortalité ne ferait qu'éterniser sa douleur; par un merveilleux échange, il obtint pour lui-même de participer à la condition mortelle, et pour son frère de participer à la condition immortelle; il corrigea ainsi l'inégalité, qui est le principe de l'injustice, par l'égalité, qui est la source de toute justice '.

C'est par leurs bienfaits que tous ces demi-dieux, 6 Caïus ! ont excité et excitent encore l'admiration ; c'est pour cela qu'on les vénère et qu'on leur rend même des honneurs divins. Mais toi, qu'as-tu fait pour nous de semblable, dont tu puisses t'enorgueillir et te vanter? As-tu, pour commencer par là, imité l'affection fraternelle des fils de Jupiter? Ton frère, ton cohéritier, un enfant à la fleur de l'âge, ne l'as-tu pas cruellement égorgé, cœur de fer, âme sans pitié? N'as-tu pas, peu après , dans la crainte qu'elles ne t'arrachassent l'empire, envoyé tes sœurs en exil '?

' Philon fait ici allusion à une théorie sur Tégalité et la justice qu'il développe dans son traité de la Création du monde. ' Les deux sœurs de Caïus, Agrippine et Livilla, furent con-

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As-tu imité Bacchus? Tu as sans doute imaginé de nouveaux bienfaits et, comme lui, rempli d'allégresse le monde entier! sans doute l'Europe et l'Asie ne suffisent plus à contenir tes faveurs! Oui assurément, tu t'es signalé par de nouvelles inventions, mais en fléau public, en scélérat. N'as-tu pas changé la joie en douleur et le plaisir en deuil ? De toutes parts tu as rendu à tous la vie amère ; tu t'es approprié les richesses et les biens d'autrui, poussé par une insatiable convoitise qui ravage la terre de l'orient à l'occident, du nord au midi '. En retour de leurs biens engloutis, tu envoies aux provinces désolées les abominables semences de ton âme malfaisante, qui sont la ruine du genre humain. C'est ainsi que tu nous apparais comme un autre Bacchus.

As-tu^ par des travaux sans trêve et des hauts faits éclatants, imité Hercule? As-tu rempli le continent et les îles de bonnes lois, de jugements équitables, d'abondance, enfin de tous les bienfaits d'une paix heureuse, toi le plus lâche et le plus tremblant des hom-

damnées à l'exil, comme complices de la conjuration de Lépidus. CeUe conjuration fut découverte en Tannée 40, pendant le voyage de TEmpereur en Gaule. Caius, dit Suétone [Fie de Caïus, xxiv), fit condamner ses sœurs en même temps comme adultères. Il montra leur signature qu'il avait surprise par fraude ou en abusant de leur faiblesse, et trois épées, qu'il disait avoir été préparées contre lui, furent consacrées à Mars Vengeur avec une inscription qui attestait ce prétendu crime.

* Philon revient plus loin sur quelques-unes des rapines éhontées de l'Empereur.

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mes, toi qui as ravi à toutes les régions de l'Empire la tranquillité et la prospérité, qui les as remplies de troubles et de séditions et, par conséquent, rendues misérables? Dis, Caïus, est-ce pour nous avoir affligés de tous ces désastres que tu prétends à l'immortalité ? C'est sans doute afin de ne pas borner à quelques jours les calamités dont tu nous accables, mais de les prolonger sans fin. Moi, je pense au contraire, eusses-tu été pris pour un dieu, que ta perversité te réduirait à la condition mortelle ; car, si la vertu immortalise, le vice rend périssable. Ne te mets donc pas au rang des fils de Jupiter, illustrés par l'amour fraternel, toi l'assassin et le bourreau de ton frère et de tes sœurs ; n'ambitionne pas les honneurs d'Hercule et de Bacchus, qui ont adouci la vie humaine, toi dont les scélératesses ont empoisonné leurs bienfaits.

Mais telles étaient sa démence et sa frénésie, que, s'élevant au-dessus des demi-dieux, il aspira aux honneurs des grands dieux, de Mercure, d'Apollon et de Mars. D'abord il prit le caducée, les talonnières et la chlamyde de Mercure, montrant de l'ordre dans ce bouleversement, de la suite dans ce désordre, de la ^ logique dans cette folie. Puis bientôt, cédant à une autre fantaisie, il laissait ces insijgnes et se transformait en Apollon ; il se ceignait la tête d'une ppuroppe rayonnante, ayant dans sa main gauche l'arc et les flèches, et de sa main droite présentant les Grâces. Il YQ^lait, ftinsi fairp pntendrp qu'il fallait tpnir toujours prêts à les répandre les bienfaits, eu leur donnant la

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première place, qui est àia droite, qu'il fallait écarter les peines ou du moins leur assigner une place inférieure, à la gauche. Derrière lui venaient des chœurs qui chantaient le Péan en l'honneur de celui qu'on avait peu auparavant célébré sous les noms de Bacchus. d'Évius et de Lvfeus*, quand il avait revêtu les attributs de ce dieu.

Souvent aussi il paraissait avec une cuirasse, un casque, un bouclier, l'épée à la main, et se faisait ap-r peler Mars. A ses côtés marchait un cortège de Sar liens d'un nouveau genre, troupe d'assassins dressés à remplir auprès de lui le rôle de bourreaux, et à asr souvir sa soif de sang humain.

Cette conduite étrange remplissait d'étonnement ceux qui en étaient témoins ; on se demandait pourquoi, faisant le contraire de ceux aux honneurs desquels il prétendait, il dédaignait d'imiter leurs vertHS et n'usurpait que leurs attributs. Et pourtant les insirr gnes et les attributs, dont on entoure les images et les statues, ne sont que des symboles qui rappellent les services rendus au genre humain par ceux qu'on vénère.

Pourquoi a-t-on mis des ailes aux talons de Mercure, sinon pour le rendre agile ? Cette agilité convient au messager, à Tinterprète des dieux, comme l'indique son nom d'Hernaès ', dont l'office est d'annoncer de

• ÉviusetLyaeussont des noms qui appartiennent à Bacchus. 2 Le mot grec 'Epar; est la racine des mots qui signifient in^erprète, interprétation, interpréter.

bonnes nouvelles. Si l'homme sage ne peut être un messager de mal, à plus forte raison Dieu. C'est pourquoi il convient que Mercure soit agile et vole en quelque sorte pour hâter ses messages; si la vitesse est naturelle quand il s'agit de porter d'heureuses nouvelles, la lenteur est ordinaire quand il s'agit d'en porter de fâcheuses. On lui donne aussi le caducée, comme symbole de son rôle de pacificateur. En effet, les guerres se suspendent ou se terminent par l'entremise des hérauts', qui rétablissent la paix. Sans leurs bons offices on ne verrait point de terme aux luttes que provoque l'attaque et que nécessite la défense.

Mais quel besoin Caïus avait-il de talonnières? Étaitce afin que ses scélératesses, qu'un silence éternel aurait dû couvrir, fussent rapidement publiées de toutes parts? Qu'avait-il besoin de célérité? Il pouvait, restant toujours dans le même lieu et y produisant forfaits sur forfaits, inonder, comme une source intarissable, les diverses contrées du monde habité. Pourquoi ce caducée, à lui dont pas une parole, pas un acte n'ont servi la paix? Au contraire il n'y a pas de famille, pas de cité, chez les Grecs et les Barbares, qu'il n'ait remplies de troubles et de guerres civiles. Qu'il laisse donc les attributs de Mercure et n'usurpe pas un nom auquel il n'a pas le moindre droit.

Quel rapport y a-t-il entre lui et Apollon? Il porte

• Le terme grec, qui désigne le caducée, est xTipûxeiov, dont la racine est xTÎpuÇ, qui signifie héraut.

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une couronne où l'artiste a meneilleusement imité les rayons du soleil, comme si c'était le soleil, la lumière, et non la nuit et les plus noires ténèbres, qui lui fussent nécessaires pour accomplir ses forfaits! Les bonnes actions veulent être faites en plein jour, afin d'être vues de chacun; quant aux actions honteuses, on convient qu'il les faut reléguer au fond du Tartare, digne réceptacle de tout ce qui doit demeurer caché.

Qu'il remette chaque chose à sa place et change de main les attributs du dieu; qu'il prenne dans sa droite l'arc et les flèches : n'est-il pas habitué à exterminer par des coups trop assurés les hommes, les femmes, des familles entières et des cités populeuses? Qu'il retienne dans sa gauche les Grâces, ou plutôt qu'il les abandonne : n'a-t-il pas, à la face du monde, souillé leur beauté par sa soif insatiable de richesses ? N'a-t-il pas égorgé, non content de les dépouiller, les possesseurs de ces richesses , infortunés ! dont l'opulence a causé la ruine?

Quant aux bienfaits de l'art médical d'Apollon, ils n'ont rien que d'opposé aux méchancetés de Caïus. Apollon inventa des remèdes salutaires qui rendent la santé aux hommes; telles étaient sa douceur et sa bonté qu'il voulut guérir les maladies envoyées par les autres dieux*. Mais Caïus a porté la maladie chez

* Les anciens considéraient les maladies comme des punitions du ciel : chez les Juifs c'était une opinion reçue que tout malade devait avoir la conscience chargée d'un péché. Les maladies survenues étaient censées produites par l'introduction dans le

ceux qui jouissaient de la santé, il a mutilé ceux qui avaient tous leurs membres, il a infligé aux vivants une mort violente avant le terme fixé par la nature ; il amassait des poisons*, avec lesquels, s'il n'eût été prévenu et enlevé par la justice divine, il aurait détruit ce qu'il y avait de plus illustre dans chaque ville. Il faisait ces préparatifs contre les gens en charge et les personnages les plus riches, principalement contre ceux de Rome et du reste de l'itajie, possesseurs de telles quantités d'or et d'argent, qu'on ne pourrait les égaler en rassemblant ce qu'en contient tout le monde habité, depuis les limites les plus reculées.

Ainsi ce fut dans sa patrie, la dernière contrée à laquelle il eût dû toucher-, qu'il commença à étouffer

corps du patient d'un génie malfaisant. De là, au moyen âge, ces éternels récits de possession.

' On connaît l'histoire du poison de Columbus (Suétone, f^ie de Caïus, lv). On trouva dans les papiers de Caïus deux mémoires intitulés, l'un le Glaire, l'autre le Poignard; c'était la liste de tous ceux qu'il destinait à la mort. On lui trouva aussi une grande cassette pleine de poisons. Claude les fit jeter dans la mer; les flots en furent infestés et la marée jeta sur le rivage quantité de poissons morts. (Suétone, Vie de Cahis, xi.ix.) On voit que PhiLon était bien informé.

^ Le grec dit : C'est à partir de sa patrie, comme d'une ligne sacrée, qu'il commença. . La ligne sacrée, îipà •^pau.p.yî, était celle dont on devait, autant que possible, éviter d'écarter les pièces, dans un certain jeu analogue à celui de dames. Le joueur qui s'écartait de cette ligne était donc réduit à toute extrémité. De là en grec l'expression, s'écarter de la ligne sacrée, pour signifier qu'on fait usage de ses dernières ressources. Caïus commence par où tout autre homme aurait dà finir: c'est

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les germes (Je la pdix et à se montrer ennemi des villes, bourreau, peste et fléau des peuples.

Une autre gloire d'Apollon , c'est de joindre à la science médicale le don de prophétie, d'annoncer aux hommes, pour leur utilité, l'avenir par ses oracles. De la sorte les ténèbres de l'incertitude sont dissipées dans l'âme, on ne peut craindre de trébucher dans sa marche comme un aveugle et, en cherchant la bonne voie, de prendre par ignorance la mauvaise. Celui qui connaît l'avenir a les yeux attachés sur lui comme s'il était présent; cette prescience le protège, de même que le ministère des yeux préserve le corps de tout accident *. Faut-il mettre en regard de ces

à son pays qu'il s'attaque d'abord, c'est l'Italie qu'il pressure avant le reste de l'Empire. P. Bellier a compris et traduit autrement ce passage : «Pour celte cause il commença de jeter de son pay^, comme du plus fort et asseuré lieu, les semences de la paix. » * On s'est étonné de voir Philon faire ainsi l'éloge des divinités païennes; c'est sur ces pages que les rabbins l'ont accusé d'avoir transigé avec l'idolâtrie. Il faut faire réflexion que noire auteur se laisse aller à la thèse qu'il développe : on sent qu'il s'adresse à des païens, qu'il leur parle leur langage et se place en quelque sorte à leur point de vue, pour combattre plus victorieusement cet usage scandaleux de la divinisation. Philon est ici, comme partout ailleurs, un polémiste original, unique, chez lequel l'idée juive est revêtue des belles formes et des conceptions lumineuses de la littérature et de la philosophie grecques. Il accepte les dieux de l'Olympe par hypothèse, comme il arrive dans le cours d'une discussion ; de plus il les accepte soit pour des héros bienfaiteurs de l'humanité, soit pour des personnifications des forces de la nature, soit même pour des génies d'une essence et d'une puissance supérieures k nous. Rien dans ces opinions ne nous semble ab-

prédictions les infâmes oracles de Caïus annonçant aux princes et aux grands de tous les pays les confiscations, l'exil, la mort? Qu'a-t-il donc de commun avec Apollon? Il n'a jamais rien fait qui l'en rapproche. Qu'on fasse taire ce faux péan composé à l'imitation du vrai. On n'a pas plus le droit de contrefaire l'image de la Divinité que de fausser la monnaie.

Mais qui se fût attendu à le voir, avec un tel corps, avec une telle âme, tous deux également lâches et sans vigueur, affecter la puissance et le courage de Mars? Cependant, comme il arrive sur la scène d'un acteur qui change de rôle, il abusa par un nouveau déguisement les yeux des spectateurs. Ne nous arrêtons pas à l'examen du corps et de l'âme qui offraient chez Caïus tout l'opposé de ce qu'on rapporte des mouvements et de l'attitude de ce Génie. Je ne parle pas du Mars de la fable, mais de celui qui a été doué de la force naturelle et est devenu le protecteur et le sauveur des opprimés, ainsi que son nom grec Ares le montre ; ce nom me semble venir en effet du verbe arêguein^ dont le sens est secourir , parce qu'il empê-

solument contraire au dogme de runité divine, tel que le Mosaïsme l'enseigne. Un Juif pouvait bien admettre que les dieux elles demi-dieux fussent des génies, sans renoncer à les considérer comme faux dieux, sans renoncer à la croyance en un Dieu unique, suprême, tout-puissant. Il faut remarquer que l'idée de Philon sur les divinités de la Grèce est aussi celle des anciens Pères de l'Église; ainsi ils expliquent les oracles du paganisme par la prescience du Diable qui les inspirait.

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che la guerre et fait la paix ; au contraire celui des poètes trouble le calme et hait la paix autant que le vrai Mars hait la guerre.

Nous savons maintenant ' que Caïus ne peut être assimilé à aucun des dieux ou même des demi-dieux, ni pour le caractère, ni pour la nature, ni pour la conduite. Il faut croire qu'il obéit en cette circonstance à une aveugle ambition, à un orgueil insensé. Malheureusement il avait, pour se satisfaire, un pouvoir sans limites dont nous autres, misérables, fûmes les premiers à sentir les coups. Il soupçonnait que les Juifs seraient les seuls qui ne se prêteraient point à ses projets : dès le berceau leurs parents, leurs précepteurs, leurs maîtres, et par-dessus tout leurs saintes lois et même les usages qui ne sont pas écrits, tout leur enseigne à croire en un seul Dieu, père et créateur du monde.

Le reste du genre humain, hommes, femmes, villes, nations, et, pour ainsi dire, toutes les contrées de la terre, bien qu'en gémissant de ce qui se passait,

* Ici commence une partie nouvelle de la Légation. Après avoir raconté dans la première les commencements du principal de Caïus, après avoir discuté dans la seconde les titres de TEmpereur à la divinisation, Tauleur, dans cette troisième partie, va reprendre le récit de la persécution des Juifs alexandrins, que nous avons déjà trouvé dans le Contre Flaccus. Thomas Mangey pense que les faits racontés ici font suite à la narration du Contre Flaccus; nous ne partageons point cette opinion. Le lecteur pourra, du reste, en juger lui-même par la comparaison des textes.

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acclamèrent cette démence et, par des honneurs excessifs, gonflèrent encore son orgueil. Quelques-uns aussi, ayant introduit en Italie l'usage barbare de l'adoration *, corrompaient la noble fierté romaine. Le peuple juif seul lui était suspect, à cause de la résistance qu'il allait lui opposer. Nous acceptons la mort avec joie, comme si nous recevions l'immortalité, plutôt que de laisser toucher à aucun des usages de nos ancêtres, persuadés qu'il en arriverait comme de ces édifices auxquels on arrache une pierre, et qui, tout en paraissant rester fermes, s'affaissent peu à peu et tombent en ruines.

Il ne s'agissait pas d'ailleurs d'une chose sans portée, mais de la plus grave de toutes : faire d'un homme, d'un être engendré et périssable l'image de l'être incréé, éternel! Les Juifs jugeaient que c'était le comble de l'impiété et de la profanation : Dieu se changerait plutôt en homme * que l'homme en Dieu. En outre il en résulterait les deux plus grands maux, c'est-à-dire l'infidélité et l'ingratitude envers le bienfaiteur de toutes les créatures, celui dont la puissance s'étend à toutes les parties de l'univers pour les combler de biens.

C'était une guerre terrible, sans merci, qui se dé-

* Usage barbare en ce sens quMl ne provenait pas de la Grèce, mais de l'Orient.

' Ce passage donnerait à penser que la question de la possibilité de l'incarnation de Dieu était déjà agitée à cette épo^ que dans les écoles juives.

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