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L'ÉVOLUTION DES IDÉES d'ArDIGÔ

Ardigô naquit en 1828 dans les environs de Crémone. Son père, un campagnard aisé, alla s'installer à Mantoue pour que son fils pût étudier. Sa mère était une catholique pieuse, et Ardigb nous parle d'elle à plusieurs reprises dans ses écrits avec une profonde reconnaissance. C'est grâce à son influence qu'il se fit prêtre. Après la mort de ses parents, l'évêque Martini se l'attacha et le fit chanoine de la cathédrale de Mantoue. Dans sa solitude il étudia avec ardeur la philosophie scolastique et la science contemporaine, intimement persuadé que les « erreurs contemporaines » devaient se laisser réfuter. Mais lentement — plus distinctement saisissable pour son entourage que pour lui-même — s'édifia dans son for intérieur un édifice d'idées tout à fait neuf, et il finit, à un moment donné, par s'apercevoir qu'il ne tenait plus à la doctrine dualiste de

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l'Église, mais qu'il croyait à une grande continuité de toutes les choses. Un de ses livres (La morale dei positivisti II, 3, 2, dans un chapitre où il est traité de la possibilité d'une morale sans religion) nous parle de cette rupture d'une manière intéressante.

« Les enseignements et les exemples de ma mère, qui était une simple et pauvre villageoise, firent naître en mon âme et y développèrent, en même temps que la vie, la foi et la pratique de la religion. Je ne peux pas, aujourd'hui encore, me rappeler la sublime ingénuité du sentiment religieux de ma mère, sans éprouver le plus fort enthousiasme et la plus douce émotion. L'image fidèle de ce sentiment survit aujourd'hui dans une de de mes sœurs qui n'a pas pu recevoir de culture, ni dans les écoles, ni dans la haute société, et je respecte en elle cette image avec autant de dévotion qu'une chose sacrée. Cette religiosité enfantine se fortifia plus tard extrêmement en moi quand je vécus auprès de M* r Martini, avec qui je passai plus de vingt ans. Il m'avait pris chez lui, après la mort de mes parents : il me donna le pain qui me manquait et me rendit possible la carrière de l'étude... Lui, qui croyait que la science et la sincérité d'esprit étaient les bases et l'âme de la religion, il m'aimait parce qu'il me voyait passionné pour l'étude et de caractère sans feinte. Il espérait que je pourrais être un jour utile à l'Église, contre la religion ignorante, superstitieuse, bigote et hypocrite qu'il détestait... Je me vouai (en dehors des études de sciences naturelles et de philosophie, que je n'ai jamais délaissées) de toute mon âme à la théologie, surtout à la théologie dogmatique et apologétique. Je me fis une bibliothèque de Pères de l'église et de théologiens, et je passai à l'étude de quelques-uns, et spécialement à celle de la Somme théologique de Saint Thomas^ les années les plus fraîches et les plus vaillantes de ma jeunesse. Pour finir j'écrivis encore et je publiai un traité sur la confession contre les protestants. Seulement, l'issue de mes études fut tout à fait contraire à ce que je visais, à ce que j'attendais. Peu à peu le doute qui déjà s'était infiltré de toutes parts depuis mes plus jeunes années, et que j'avais toujours combattu par une réflexion et une étude ininterrompues et cru pendant longtemps avoir vaincu par la

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