‹ Philosophes contemporainsChapitre 54 sur 78 · JEAN-MARIE GUY AU · texte numérisé non relu

JEAN-MARIE GUY AU

à la transition de l'inconscient au conscient et de l'involontaire au volontaire. 11 n'est pas sûr que le conscient épuise entièrement l'inconscient ou lui corresponde totalement, et on pourraitdire la même chose du volontaire et de l'involontaire. Des moyens supposent un but, et la morale ne peut pas chercher des moyens sans savoir à quel but ils doivent servir. Ce que nous prenons pour fin dépend à sort tour de ce que nous estimons précieux. Les valeurs intermédiaires (les moyens) supposent des valeurs immédiates. Il faut donc commencer par ces dernières, et on ne peut pas les trouver sans le secours de la psychologie. Il faut qu'une théorie empirique des valeurs nous fournisse le fondement, et s'iljy a plusieurs valeurs fondamentales, qu'on ne puisse pas ramener à une seule, il en résulte une difficulté que toute morale rencontre dès ses débuts. Ce n'est qu'aussi longtemps que l'on se tient dans une généralité vague qu'on peut se contenter d'en appeler à la biologie. Dès que sont posées des questions précises surgit le concept de valeur. Guyau lui-même en fournit un exemple. Contre l'assertion de Bourget qu'il est aussi arbitraire que dogmatique de distinguer entre les sentiments et les instincts naturels et artificiels, Guyau soutient (dans son écrit L'art au point de vue sociologique, p. 375) qu'il peut fort bien y avoir une différence de valeur, même quand les divers états se produisent avec la même nécessité. Il y a un critérium de la valeur naturelle qu'il faut chercher dans la force et dans l'extension de la vie, comme aussi dans la conscience et dans le sentiment de plaisir qui en est l'intime révélation. — Il est bien évident que si la « vie » n'était pas unie à la « conscience et au sentiment de plaisir » — quelque puissante et quelque étendue quelle fût — aucun concept de valeur ne pourrait être posé et aucune discussion morale ne serait possible 40 .

Le besoin qui est apaisé par l'augmentation de la vie en Force et en extension est, si je l'admets, involontaire et instinctif; ne sera4-il donc pas accru s'il est pris comme objet de l'attention et de la réflexion? — C'était ici la difficulté principale que Guyau avait trouvée chez les Anglais et dont il lui fallait par conséquent chercher à affranchir sa propre théorie. Il croit que la raison n'arrive à paralyser un instinct qu'en suivant une

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