‹ Philosophes contemporains [microform]Chapitre 14 sur 87 · LE PROBLEME DE L'EXISTENCE · texte numérisé non relu

LE PROBLEME DE L'EXISTENCE

Ir

comme absolu, comme étant une clef de l'être total. C'est pour cela qu'une perpétuelle critique est ici nécessaire ^

L'attitude de Wundt à Tégard du positivisme, du criticisme et de la philosophie romantique ressort ici d'une manière caractéristique. Il se rapproche du positivisme par l'importance qu'il attribue à l'expérience comme mesure. 11 montre une grande circonspection et il s'avance pas à pas dans les questions qui sont à la limite de la connaissance, et sa K»anière de reconnaître les problèmes qui s'y rencontrent, ainsi que leur mode de solution et la difficulté que cette solution présente, nous font voir en lui un disciple ou un continuateur de la philosophie critique. Mais la circonspection n'est de mise chez lui qu'autant qu'il est encore en train de s'approcher de la limite. Une fois qu'il y est ou croit y être parvenu, il n'est pas aussi circonspect et n'examine pas toujours à fond les dernières conséquences de ses idées définitives. Il devient alors souvent lourd et dogmatique. Le principe d'unité le domine et la réflexion critique recule. On ne trouve pas trace des vagues qui se forment tout naturellement sur les rives de la pensée. Sur ce point, le philosophe anglais F. H. Bradley, dont nous nous occuperons dans la suite, nous donne de bien meilleurs enseignements. 11 complète Wundt à ce point de vue, tandis qu'il n'a pas sa large base empirique et expérimentale. Mais jusqu'à présent nous avons principalement considéré le côté empirique et critique de Wundt ; dans l'exposé de sa position métaphysique se fera jour ce qu'il y a de romantique dans sa manière de voir.

b) Les idées.

Gomme le montre l'histoire de la pensée métaphysique, il y a trois groupes d'idées, c'est-à-dire de concepts, qui, par le moyen de la transcendance réelle ou imaginaire, conduisent à son terme la spéculation philosophique. Wundt les appelle les idées cosmologiques, les idées psychologiques et les idées ontologiques.

a) L'idée du monde physique comme totalité prend naissance d'autant plus naturellement dans les sciences naturelles que c'est seulement, à vrai dire, en des ensembles fermés que l'on

peut montrer des lois fixes. Toute étude suppose une certaine isolation de ce que l'on veut étudier; on doit, autant que possible, le concevoir comme soustrait à toute influence extérieure. Alors peut-être on pourra, pas à pas, étendre son observation. Ceci ne s'applique pas seulement quand il est question du monde physique dans son ensemble, mais encore quand il s'agit des plus petites parties du monde physique. Nous pouvons concevoir l'espace et le temps agrandis par leur simple prolongement au delà de l'expérience; il n'y a en cela qu'une transcendance réelle. Mais toute hypothèse qui porte sur le monde physique comme totalité ou sur la plus petite de ses parties est d'une transcendance imaginaire, puisque à chaque limite atteinte apparaît cette possibilité : au delà de cette limite pourrait être valable quelque chose de qualitativement nouveau. De telles hypothèses sont pourtant, elles aussi, légitimes pourvu qu'elles ne soient pas en contradiction avec la connaissance empirique*.

Si l'on ne construit sa métaphysique que sur le fondement des idées cosmologiques — par suite, que sur des concepts comme ceux d'espace, de temps, de matière, de mécanique — , cette métaphysique prend la marque du matérialisme.

P) Wundt remarque que presque toutes les discussions dans le domaine métaphysique roulent sur des idées psychologiques. Nous connaissons déjà la position de Wundt vis-à-vis du problème psychologique, dans la mesure où ce problème est placé sur le terrain de l'expérience. L'activité et la tendance à l'unité sont pour lui les caractères de la vie psychique et le concept de la substance psychique contient pour lui, môme quand il est établi avec une argumentation spiritualiste, un matérialisme caché. En même temps — pouvons-nous ajouter — ce concept est pour lui trop individualiste parce qu'il isole les êtres psychiques individuels. La distinction entre l'âme et le corps n'existe que dans notre conception. Ce que l'expérience nous montre, c'est une organisation mentale qui en soi et par soi, ne fait qu'un avec une organisation corporelle. Mais l'expérience ne mène pas ici à un concept définitif, et c'est pour cela que finalement tout concept de lame, actuel et substantiel, est un concept de transcendance imaginaire. Et, si l'on voulait

se

WILHELM WUNDT

Page 1