‹ Philosophes contemporains [microform]Chapitre 32 sur 87 · Introduction (Taine, Renan · texte numérisé non relu

Introduction (Taine, Renan

Dans la philosophie française, Auguste Comte (f 1857) s'offre comme la plus grande figure du xix^ siècle. L'influence qu'il a exercée sur un vaste rayon s'est manifestée au grand jour lors de l'inauguration de son buste, en mai 1902. Le positivisme est le courant de pensée le plus caractéristique et le plus important que la France ait produit au cours du dernier siècle. Pendant la plus grande partie de cette période, il eut pour adversaire un spiritualisme populaire qui fut représenté par Victor Cousin et par ses élèves et que favorisèrent les pouvoirs pubHcs. Cependant, à partir du milieu du siècle environ, Taine et Renan eurent une grande influence sur la génération nouvelle, non seulement au point de vue philosophique, mais aussi et surtout au point de vue littéraire. A côté d'eux, mais comme figure plus solitaire, se place Charles Renouvier, le représentant d'une philosophie strictement critique. — H y a sur ce point une lacune dans mon exposé de l'histoire de la philosophie moderne, puisque, pour ce qui regarde la France, je me suis arrêté après Auguste Comte. Cette lacune, actuellement même, je ne me sens pas en mesure de la combler. Je ne peux que donner une brève caractéristique de Taine et de Renan en guise d'introduction à la forme française de la philosophie de révolution dont Fouillée est le représentant, et après cela une caractéristique analogue de Renouvier en relation avec le rôle joué par le principe de la discontinuité dans la pensée française la plus récente. Des monographies sur ces trois hommes, en tant que philosophes, seraient d'un très grand intérêt pour éclairer le cours de l'évolution mentale depuis le milieu du xix*' siècle. L'académie royale des sciences de

HôFFDixG. — Philosophes. •

Danemark a mis au concours la rédaction d'une monographie de Renouvier dont la vaste production littéraire offre de particulières difficultés à être vue d'ensemble et caractérisée ; mais il n'est point paru de solutions du problème posé.

Hippolyte Taine (1828-1893) est surtout connu comme critique de littérature et d'art et comme critique de l'esprit « réaliste ». La littérature danoise possède une étude précieuse sur Taine considéré de ce point de vue dans la dissertation doctorale de Georg Brandes sur l'esthétique française contemporaine (1870). Taine, comme critique, s'efforçait avant tout de comprendre les œuvres d'art et leurs créateurs, en recherchant dans quelles conditions extérieures ils se développèrent (le milieu), dans quelle situation ils travaillèrent (le moment), de quelle race ils descendaient et quelle faculté prépondérante se manifestait dans leurs œuvres. Ce dernier élément était essentiellement conditionné par les trois premiers.

Dès sa jeunesse, Taine travailla sous l'oppression et la résistance, mais avec une constante énergie et un enthousiasme soutenu. Ses lettres de jeunesse, parues depuis peu, nous montrent de lui un gracieux portrait de ce temps. Plus tard, en qualité de professeur de l'histoire de l'art à l'école des Beaux-Arts, il eut l'occasion d'agir sur de plus grands milieux, et il travailla à ce moment-là, en des conditions plus favorables, avec l'application infatigable qui fut sa marque toute sa vie. Le trait caractéristique de Taine comme orateur, écrivain et penseur, c'était surtout sa faculté de créer un portrait d'ensemble par l'accumulation de ttaits particuliers. Dans ses leçons on pouvait au début — j'en fis l'expérience personnelle — se sentir rebuté par la description objective, aride, qui va de partie en partie, de qualité en qualité. Mais la matière dont il disposait était si abondante et sa façon de peindre avait tant d'énergie qu'avant la fm du cours on voyait le portrait d'ensemble se détacher clair et vivant dans l'imagination. J'ai encore présente à la mémoire une leçon sur la sculpture grecque. Elle n'était pas accompagnée de reproductions, mais pendant la longue description que Taine donna, il dessinait dans l'air, si bien qu'à la fm il sembla qu'il y eût devant lui, sur la table, une statue dressée. Son art de peindre était tout à fait l'opposé de celui

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