‹ Philosophes contemporains [microform]Chapitre 48 sur 87 · JAMES CLERK MAXWELL · texte numérisé non relu

JAMES CLERK MAXWELL

une repi^ésentalion{repi'esentation)mevii^\e des faits, ^rei^vésentation qui est d'une part assez générale pour être à même de représenter chaque cas en particulier, et d'autre part assez précise pour servir de base à des raisonnements mathémaliques. C'est la voie que l'on a suivie d'Euclide à Faraday.

Si l'on demande comment nous vient dès le début l idée de poser un principe et de l'appliquer dans un domaine détermme, Maxwell renvoie à l'importance de l'analogie pour la science. Par analogie physique on entend la ressemblance partielle des lois de deux domaines de l'expérience, analogie qui nous permet d'éclairer un domaine au moyen d'un autre. CVst amsi que toute l'application des mathématiques à la science repose sur l'analogie des grandeurs physiques aux lois des nombres et que les sciences exactes tendent tous leurs efforts à ramener les problèmes de la nature à une détermination de grandeurs par des opérations numériques-. Ce qu'on appelle la conception mécanique delà nature est du même genre. Elle s'appuie sur une analogie des lois concernant les variations qualitatives qui surviennent dans la nature avec les lois du mouvement. 11 lui devient ainsi possible de décrire les variations des corps, comme si elles ne consistaient qu'en des mouvements de parties très petites. Une description d'un phénomène qui permet de considérer ce phénomène comme l'exemple d'un principe qui se laisse encore appliquer à d'autres phénomènes, est une explication et l'expérience nous montre que toute explication de ce ^enre est accompagnée d'une satisfaction particulière de l'esprit Pourvu que l'analogie soit valable, on n'a pas besoin de se faire des représentations déterminées de la nature de ces très petites parties ; il n'est même pas nécessaire de leur attribuer de l'étendue, une forme, de la dureté ou de la mollesse. Ce qu il faut demander aux parties ultimes de la matière, c'est la constance et la régularité seules de leurs mouvements. La constance et la continuité du mouvement, tels sont les fondements de

ridée de matière.

Sur ce dernier point, Maxwell donne son adhésion à des idées qu'avaient déjà mises en valeur Faraday et W. Thomson (Lord Kelvin) ". Ce n'est que par le mouvement, affirme-t-il qu'on comprend le repos et l'équilibre; c'est pour cela que la

cinématique (la théorie du mouvement, abstraction faite de ce qui se meut) doit venir avant la statique (la théorie des rapports d'équilibre). La cinématique se distingue de la géométrie par cela seulement que le temps y est introduit expressément comme quantité mesurable. Cependant la géométrie, dans son rapport à la théorie du mouvement, est vraiment dérivée ou encore est une partie de cette théorie ; car la géométrie n'étudie vraiment que le processus au moyen duquel des figures sont créées dans l'espace. Une ligne n'est pas dès l'abord un trait sur le tableau qui puisse être appelé aussibienB A queAB, elle est au contraire la voie d'un mouvement de A vers B. La représentation du mouvement sert de base à la représentation de la forme. Qu'il en est ainsi, c'est ce que nous montre également la théorie psychologique de l'attention : à chaque moment l'attention est limitée à une représentation singulière, indivise, mais elle s'avance à travers une série continuelle de représentations. On s'attache trop d'ordinaire aux signes et aux figures toutes faites et on néglige le processus génétique de la perception sensible et de la pensée.

Les principes de la connaissance sortent donc de l'analogie et sont appliqués à un changement avant de l'être à un repos. Un troisième point a déjà été indiqué : la vérité des principes consiste en leur vaHdité, leur validité repose à son tour sur leur utilité pratique, leur faculté de mettre la recherche en mouvement. L'importance d'un principe consiste en ce qu'il nous pousse à poser des questions tout à fait précises. Ainsi l'importance du principe de l'énergie consiste en ce que tous les phénomènes physiques peuvent être considérés comme des exemples de la transformation de l'énergie, de sorte que l'on peut, à propos de tout nouveau phénomène, se demander : quelle transformation de l'énergie s'opère ici ? D'où vient-elle et à quoi tend-elle ? A quelles conditions est soumis cet échange ? Ainsi l'hypothèse de l'action à distance, quand même elle serait inexacte — comme le croit Maxwell lui-même — , a eu la grande importance scientifique, de faire étudier avec soin, pour répondre à cette question : « comment les corps peuvent-ils agir de loin les uns sur les autres ? » les propriétés du milieu qui s'interpose entre eux. —11 faut penser ici à une loi de William

HoFFDiNG. — Philosophes. 7

Hamilton : qu'une erreur vivante vaut mieux qu'une vérité morte. — Maxwell applique celte vue même à la théorie atomique, postulat de la conception mécanique de la nature. Après avoir démontré qu'aucune des causes, que nous appelons naturelles, n'est en mesure d'expliquer l'existence des atomes, ou spécialement leur homogénéité, il s'exprime ainsi : « Seraitil donc vrai que nos spéculations scientifiques soient parvenues dès maintenant à pénétrer au-dessous de la scène apparente des choses, où sejouenl les fluctuations de la naissance et de lamort, et que nous soyons à l'entrée du monde de l'ordre et de la perfection, qui est tel aujourd'hui qu'il a été créé, parfait en nombre, en mesure et en poids ? Nous nous trompons peut-être. Nul n*a encore ni vu, ni senti un atome, et notre hypothèse atomique sera peut-être remplacée par une théorie nouvelle de la constitution de la matière. Pourtant la représentation d'innombrables choses particulières, qui sont homogènes et invariables, n'est pas née dans la conscience humaine sans porter un fruit. » Donc, même si la théorie des atomes n'est pas « exacte », elle peut néanmoins avoir fort bien été utile très longtemps. C'est d'une façon analogue que Maxwell parle du raisonnement qui consiste à dire : puisqu'il y a continuellement une dispersion de l'énergie physique, il faut qu'il y ait eu un état primitif qui ne peut avoir pris naissance d'une manière naturelle. Je ne dis pas, remarque-t-il, que cette hypothèse est le dernier mot de la science; — du reste, énergie éparse ne signifie pas autre chose que de l'énergie pour laquelle nous ne pouvons pas concevoir une application. Il en est ici, ajoute-t-il, comme quand nous parlons de perturbations (disturbations) qui empêchent une loi de la nature de se faire jour clairement : ce sont là en réalité des circonstances que nous ne connaissons pas, ou que nous avons négligées, ou que nous devons réserver jusqu'à plus ample observation; « perturbation » signifie imagination, et non un fait naturel ; dans les actions de la nature, il n'y a aucune perturbation. — On croirait entendre parler Spinoza. 11 y a pourtant d'autres endroits où Maxwell n'est ni aussi méthodique, niaussi conséquent. Comme chez un grand nombre de savants, les représentations théologiques se tiennent aussi chez lui parfois aux aguets, de manière à sefaire voir quand

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