‹ Philosophes contemporains [microform]Chapitre 63 sur 87 · JEAN-MARIE GUYAU · texte numérisé non relu

JEAN-MARIE GUYAU

à la transition de l'inconscient au conscient et de l'involontaire au volontaire . Il n'est pas sûr que leconscient épuise entièrement l'inconscient ou lui corresponde totalement, et on pourraitdire la même chose du volontaire et de l'involontaire. Des moyens supposent un but, et la morale ne peut pas chercher des moyens sans savoir à quel but ils doivent servir. Ce que nous prenons pour fin dépend à son tour de ce que nous estimons précieux. Les valeurs intermédiaires (les moyens) supposent des valeurs immédiates. Il tant donc commencer par ces dernières, et on ne peut pas les trouver sans le secours de la psychologie. 11 faut qu'une théorie empirique des valeurs nous tournissc le fondement, et s'il5y a plusieurs valeurs fondamentales, qu'on ne puisse pas ramener à une seule, il en résulte une d.tliculté que toute morale rencontre dès ses débuts. Ce n'est qu auss. longtemps que l'on se tient dans une généralité vague qu'on peut se contenter d'en appeler à la biologie. Dès que sont posées des questions précises surgit le concept de valeur. Guvau lui-même en fournit un exemple. Contre 1 assertion de Bourget qu'il est aussi arbitraire que dogmatique de d.stinKuer entre les sentiments et les instincts naturels cl arlificiels Guyau soutient (dans son écrit Larl au point de vue sociologique, p. 375) qu'il peut tort bien y avoir une différence de valeur, même quand les divers états se produisent avec 1 même nécessité. Il y a un critérium de la valeur naturelle quil faut chercher dans la force et dans l'extension de la vie, comme aussi dans la conscience et dans le sentiment de plaisir qu. en est l'intime révélation. - Il est bien évident que si la « v.e » n'était pas unie à la « conscience et au sentiment de pla.s.r » quelque puissante et quelque étendue qu elle fût - aucun concept de valeur ne pourrait être posé et aucune discussion morale ne serait possible '». ^ .-u^ pn

Le besoin qui est apaisé par l'augmentation de la uc en force et en extension est, si je l'admets, involontaire et insUnc u, ne sera-t-il donc pas accru s'il est pris comme objet de I aUon tien et de la réflexion? - C'était ici la difficulté princ-pao que Guyau avait trouvée chez les Anglais et dont •! 1"\'»' f J^ conséquent chercher à affranchir sa propre théorie. Ucro que la raison n'arrive à paralyser un iasUnct qu'en suivant une

ESTIIÉTIQUIi:

direction contraire à celle de l'instinct ou que si l'on trouve avantage à remplacer l'instinct par la raison. Mais ici ce n'est pas le cas : il ne se produit rien de tel. Le dévouement et l'expansion involontaires ont une grande importance pratique. Le plaisir du risque provient du surplus de force propre à la vie, lequel produit l'espérance et la foi, et rend ainsi possible ce qui n aurait pas été possible autrement. C'est dans un mouvement hardi de la pensée, dans un sacrifice enthousiaste, que se manifestent cette force et cette santé de la vie. La seule sanction qu'admettra la morale de l'avenir ce sera « le plaisir de risque ». — Je ne sais pas très bien pour quelle raison les Anglais ne pourraient pas également s'appuyer sur ces principes; en réalité c'est bien ce qu'ils font et même dans une plus large mesure que Guyau, puisque leur morale est plus empirique que la sienne. Si la prudence, l'association et l'adaptation ne pouvaient pas conduire à quelque chose de précieux, elles ne seraient pas les voies que l'évolution a constamment suivies.

c) Esthétique. (Les problèmes de Vesthétique contemporaine. 1884).

L'esthétique de Guyau offre un exemple intéressant des diverses manières dont peut se poser un problème, suivant les circonstances et les époques différentes. Pour les premiers chercheurs, comme Kant et Schiller, et même encore pour Spencer beaucoup plus tard, le problème semblait être de faire une place à Fart dans la vie, malgré la lutte pour la vie. Ils eurent recours à l'idée qui joue un si grand rôle chez Guyau, en montrant qu'une surabondance d'énergie est employée à des fonctions semblables à celles qui sont en usage dans la vie, avec cette différence qu'alors tout n'est qu'image et jeu, et non la réalité de la vie. Contre ce courant esthétique Guyau (lit : Nous cherchons dans l'art précisément une vie plus riche et plus intense que ne saurait l'être la vie ordinaire ; l'art est une extension de la vie, et ce qu'il nous faut regretter, c'est seulement d'être obligés de recourir à l'image et au jeu pour atteindre cette extension. L'irréel n'est d'aucune manière une condition de la beauté artistique, il en est au contraire une

It

^j^ JEAN-MARIE GUYAU

limitation dont cette beauté doit se contenter. Pendant la contemplation artistique nous souhaitons de nous transformer en ce que nous regardons, et c'est le tourment du poète de ne «as pouvoir s'identifier avec toute la plénitude de la vie (vo,r fa poésie Le mal du poète). Pour ce motif, suivant la conce,. lion de Guyau, la beauté naturelle est supérieure a la i,caul6

''DeTvient cette affirmation de Guyau que tous les sens concourent à la beauté. Une tasse de lait près d une cabane de «àtre peut produire leffet de toute une symphonie pastorale. • îouTes les parties de notre être y participent. - par la per- Lpt ion par le souvenir, par 1 imagination. Est belle, poac Guyau. une impression qui met en mouvement e sentiment, la pensée et la volonté, et qui éveille en même temps e p a.s.r a taché à leur action combinée. Plus nous irons, et plus .ou c jouissance et tout sentiment de plaisir recevra la marque ,1 a beauté de sorte que la distinction disparaîtra que 1 on .lo.l foire dans un stlde intermédiaire de révolution. ent,e Wable et le beau; cette distinction na pour tondemenl que a^^grknde puissance que lanimalité garde encore chez 'homme Alors le côté esthétique et le côté moral se confo dÏonTaussT dans ralTirmation des valeurs naturelles de 1 el ^convaincra à la fin qu'aucun artiste ne peut v— représenter autre chose que sa vie propre. - et que la valeu de son œuvre devra dépendre de la valeur de -"e ^ "E lisant les écrits de Guyau. quand on arrive à ce passade, od iepeut s'empêcher de penser qu'il peut se rapporter a la ; opre activi^ httéraire de l'auteur, activité qui est paitout pénétrée du grand Eros qui éUit l'àme de sa vie !

d) Philosophie religieuse, (^irréligion de lavenir. mV,- L'ouvrage le plus merveilleux et le plus important de Gupu esUe^vre dans lequel il traite deVIrréligion de/'»"-" . ^ / constate une union heureuse de la critique la plus pe el a" Tdu sentiment très profond, de ^^^^^n^J^TZles temps de la religion sont ^^^^^ZZll ^eZn^^^-^^ dant de confiance que jamais ne feront défaut

PHILOSOPHIE RELIGIEUSE jgj

nécessaires au développement d'une conception de la vie élevée et idéale. Son titre est dirigé contre les tentatives qui ont été faites pour construire une religion de l'avenir, et à la fois aussi contre 1' « antireligion », car cet ouvrage affirme l'étroite relation du point de vue religieux avec le point de vue qui doit le détruire.

Le problème religieux se relie étroitement, selon Guyau, au problème moral et au problème esthétique. — Ces trois domaines se confondent à son avis avec le concept de la vie. Cesélémcnls se font jour tous les trois dans la vie pcrsonnelleet sociale concentrée, et c'est seulement de cette manière que chacun d'eux arrive à se faire valoir isolément. La religion commence évidemment sous la forme d'une physique mythologique ; mais les éléments intellectuels n'y sont cependant pas prépondérants. La base principale en est formée par les expériences de l'homme dans la société oit il vit. Cette communauté de vie s'étend involontairement au delà de toute l'existence, de telle sorte que les dieux et les hommes ne forment qu'une seule grande société. La religion n'est pas seulement un anthropomorphisme, elle est aussi surtout un sociomorpliisme. La diversité des religions repose notamment sur la diversilédes types sociaux d'après lesquels on conçoit l'univers, comme une famille ou comme un royaume, — et dans ce dernier cas comme gouverné par un père ou par un tyran. — Le caractère social de la religion s'exprime de lafaçonlaplus nette dans le culte au moyen duquel l'homme se trouve en relation avec les dieux. - Peu à peu le culte religieux ainsi que les représentations religieuses se subtilisent et s'idéalisent. Le culte intérieur tend à succéder au culte extérieur et la mystique chasse la mythologie. Le point le plus haut est atteint quand Dieu prend la forme de l'idéal moral personnifié. - Comme caractères essentiels de toute religion Guyau met en relief : explication mythologique de la nature, qui se continue dans les religions supérieures par la croyance aux miracles — un système de dogmes considérés comme des vérités absolues —, el le culte considéré comme un système de pratiques ayant une elTicacité surnaturelle. Partout où ces trois éléments ne se rencontrent pas, Guyau ne veut pas qu'on parle de religion.

Page 1