‹ Philosophes contemporains [microform]Chapitre 64 sur 87 · II · texte numérisé non relu

II

,3^ JEAN-MABIE GHYAD

La dissolution d'une religion ne se produit pas directement

et ne provient pas du dehors : elle résulte au contraire de la

disparition de ses conditions vitales internes. Cette disparition

s'effectue lentement à mesure que se développent l'industrie,

la science, l'individualisme et la morale indépendante. Parmi

ces facteurs c'est sur la conviction autonome individuelle que

Guyau insiste le plus : c'est surtout ce dernier facteur qui a

valuàune religion la victoire suruneautre, c'estauss. luiqu. finira

par amener la dissolution graduelle de tout système dogmat.q.ic

et par conséquent, en somme, la disparition de la rel.g.on. Ce

processus de dissolution peut durer longtemps ; ma.s les .dées

agissent dune façon ininterrompue et sans qu'on le remarque;

elles font du chemin, même si quelquefois - comme des

soldats fatigués — elles dorment pendant leur marche.

Mais l'absence finale de religion, l'irréligion, n'est pas la même chose que l'antireligion, l'antithèse absolue do la rehaion Elle doit, au contraire, devenir un degré supérieur de la religion et de la civilisation, ce qu'il y a de meilleur dans la vie religieuse gagnant en force et en extension après la nnnc des dogmes. Ce qu'il y a d'éternel dans la religion est précisement la tendance qui l'a fait naître, - le désir d'arriver au delà du fait nu et de trouver une liaison plus grande. Lespnt humain est comme l'hirondelle : ses longues ades ne se prêtent pas à un vol qui rase la terre, mais à un essor haut et téméraire dans l'air libre ; il s'agit seulement pour elle de pouvoir s'élever de terre, et cela lui est souvent difficde ; ma. l'aspiration impérissable vers l'idéal remet toujours du vent sous les ailes de l'esprit. Cette aspiration deviendra plus orle qu'auparavant si elle se sépare de la religion. Seulement on sentira moins le besoin de trouver un langage déterminé pour exprimer les énigmes éternelles : elles parleront de lesmêmes. Les dernières hypothèses auront toujours la marque d'un caractère individuel. Il n'y a pas de religion qui soU capable d'exprimer tout ce que contient, dans son entière md. vidualité, chaque personnalité prise à part, ou tout ce dont eue a besoin. Chacun doit se faire son propre dieu, sa propre did ^ Des convictions diverses peuvent subsister côte à côte p les hommes tout aussi bien que des plantes diverses peuven

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