‹ Philosophes contemporains [microform]Chapitre 75 sur 87 · IV. — WILLIAM JAMES · texte numérisé non relu

IV. — WILLIAM JAMES

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Le philosophe américain William James a entrepris un travail de synthèse sur le domaine de la psychologie religieuse dans son ouvrage intitulé The varieties of religions expérience. A study in human nature^; London, New-York and Bombay (1902). James est un des penseurs les plus éminenls de nos jours. Il joint de vastes connaissances à une grande faculté d'observation, une critique pénétrante à une inspiration idéaliste. Les Principes de psychologie sont le plus important de ses écrits ; sur plusieurs points de la psychologie il y met en valeur des points de vue nouveaux, et sa manière de traiter les questions est toujours mgénieuse et suggestive. Dans un recueil d'articles qu'il a publié sous ce titre : The will to believe and other essays in popular philosophy* (1897), il exprimait sous une forme un peu trop lâche sa manière particulière d'unir la philosophie empirique à une conception de la vie nettement marquée d'idéalisme, et il s'engageait déjà avec ce livre dans des questions de philosophie religieuse. Sa nouvelle œuvre est entièrement consacrée au problème religieux et s'attache surtout à en mettre en lumière le côté purement psychologique, mais de telle sorte, il est vrai, qu'apparaissent aussi les autres points de vue sous lesquels le problème doit être envisagé. James utilise ici les travaux spéciaux de récents écrivains américains (Starbuck, Leuba, Coe et plusieurs autres), mais il s'appuie de plus sur toute une vaste littérature biographique et principalement autobiographique. Il voit clairement que la matière est trop riche et trop variée pour être épuisée dans un seul traité ; pour ce motif-- en même temps

it'J^. ^^"^f^"' "^f ^^^''P^r^^^ religieuse. Élude sur la nature humaine. (Traduit en français sous le titre L'expérience religieuse, Paris, F. Alcan).

t. La volonté de croire et autres essais de philosophie populaire.

WILLIiM JAMES

que pour échapper à une critique sur le sens du mot « religion » — il déclare dès le début de l'étude qu'il entreprend, qu'il veut s'en tenir à un sens précis du mot « religion », ou à une face déterminée de la religion, et là-dessus il définit la religion : les sentiments, les actes, les expériences des individus, en tant que, dans leur solitude, ils se sentent en relation avec ce qu'ils considèrent comme le divin, de quelque manière qu'ils le conçoivent. Il regarde cette religion personnelle comme le contraire de la religion établie, qui implique toujours une théologie ou une mythologie plus ou moins développée et une organisation ecclésiastique. Il soutient que la religion établie (avec tous ses accessoires) est toujours secondaire par rapport à la religion personnelle ; cela résulte même du fait qu'elle se fonde sur la tradition. Si l'on voulait s'en tenir seulement à la religion établie, la recherche ne porterait que sur le culte, sur le sacrifice, sur le cérémonial et sur l'organisation ecclésiastique, et l'on pourrait alors définir la religion : l'art de se concilier la faveur des dieux. Mais dans la religion personnelle on insiste surtout sur les états intérieurs de l'individu, sur la conscience, sur la valeur, sur la détresse ou sur l'imperfection de l'homme. Si l'on s'en tient à ce côté de la religion, le concept de la religion prend une ampleur plus grande que dans le cas où on regarde comme la chose principale le côté des institutions.

La religion personnelle est la façon dont l'homme réagit à l'égard de la vie comme totalité (a man's total reaction upon life), par opposition aux réactions momentanées et spéciales. Les expériences que nous avons faites de la vie et du monde agissent sur notre tempérament individuel et nous rendent énergiques ou indifférents, respectueux ou moqueurs, découragés ou enthousiastes, par rapport à la vie comme totalité. Notre « réaction », qui se produit souvent d'une manière involontaire et à demi-inconsciente, est exprimée par la réponse la plus complète que nous nous puissions faire à cette question : Quel est le caractère de l'existence à laquelle nous appartenons ? — Mais James ne veut appeler religieuse une réaction de ce genre que si elle a pour support une disposition d'esprit sérieuse et élevée, un état d'âme qui, à son sommet, nous pousse à

WILLIAM JAMES

sacrifier nos propres désirs, à nous soumettre volontairement à la douleur de la réalité, parce que nous nous sentons soutenus par une force plus grande que celle dont nous disposons nousmêmes. Tout sentiment marqué du sceau religieux contient un élément tragique qui provient de ce qu'un sentiment supérieur de bonheur en a supplanté un autre plus bas. Le monde est plus riche du fait qu'il existe un démon, s'il y a un saint Michel qui puisse lui poser son talon sur la nuque. Ce caractère ressort naturellement davantage dans les formes extrêmes de la religion, qui paraissent anormales pour la conception Simple et ordinaire que l'on s'en fait; mais, dans une certaine mesure il est présent aussi dans toutes les formes de la conscience religieuse.

Cette description fournit le cadre général où se meut James dans son étude. Pour analyser son travail d'une façon plus détaillée, je montrerai d'abord comment les trois points de vue que présente tout examen approfondi du problème reli-ieux savoir le point de vue de la théorie de la connaissance le pomt de vue psychologique et le point de vue moral, se trouvent aussi chez James, bien qu'il s'arrête principalement à un mode d observation purement psychologique. Après cela, je montrerai de quelle manière il conçoit l'expérience religieuse quels types de religion il trouve et à quelles idées fondamentales la religion peut se ramener, suivant lui.

a) Les trois points de vue,

■ James caractérise le point de vue ou il se place, dans la phi^ osophie en général et dans la philosophie religieuse, comme étant celui de 1 expérience. Il veut être empirique sur tous les points. Toutes les opérations intellectuelles -^ qu'elles soient des constructions, des comparaisons, des critiques - supposent une expérience immédiate. Il se rattache à la vieille école anglaise, qui commence avec Locke et qui exige toujours que nous puissions rendre compte précisément des expériences sur lesquelles nous fondons nos idées. A cette école, suivant ui, revient, plutôt qu'à Kant, l'honneur d'avoir introduit dans •la philosophie la méthode critique, seule méthode qui fasse de

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