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LES TROIS POINTS DE VUE

la philosophie une étude à laquelle des hommes sérieux peuvent se livrer. Mais il ne s'agit pas seulement des expériences que noiis avons eues, il s'agit aussi de celles que nous devons attendre ou même provoquer volontairement pour que nos idées soient valables. La valeur de nos idées repose sur les conclusions que nous pouvons en tirer. Si toutes les thèses que nous posons étaient pratiquement indifférentes, c'est-àdire s'il n'en résultait rien du tout, pourrions-nous alors distinguer entre les pensées vraies et fausses? C'est en vain que le dogmatisme a cherché des critères de la vérité capables de nous dispenser d'en appeler à l'avenir. Le pragmatisme sur ce point s'oppose au dogmatisme ; il examine chaque thèse en en suivant les conséquences. Cette conception (par laquelle James se rattache au philosophe américain Charles Peirce, qui a créé aussi le terme « pragmatisme ») rappelle en partie la théorie biologique et économique de la connaissance, qui a été développée, comme nous l'avons vu plus haut, par Richard Avenarius et par Ernst Mach.

Le point de vue empirique de James le conduit à un scepticisme qui porte sur les opinions spéculatives et tliéologiques. Il soutient notamment la variété de l'existence et est porté à critiquer le monisme sous ses diverses formes. Le pluralisme, la théorie de la multiplicité, est appelé selon lui à trouver toujours plus de faveur, aussi bien dans la science que dans la religion. En partant de l'expérience on ne peut arriver à rien d'universel, à aucune unité absolue et embrassant tout. Des interprétations diverses peuvent aussi être valables pour des temps et des lieux divers. Au point de vue religieux les expériences du mal sont ici surtout importantes : le livre de Job n'a-t-il pas, une fois pour toutes, montré l'impossibilité de résoudre le problème que ces expériences nous poussent à poser? Ici l'hypothèse moniste offrira constamment de grandes difficultés, et le plus simple expédient ne serait-il donc pas d'admettre que le monde, dès le début, a contenu des éléments qui n'étaient pas en harmonie avec le tout? Les hommes dû commun ont toujours été plus ou moins polythéistes, et manifestement il est trop évident que l'on ne saurait dériver d'aucune expérience l'infinité de Dieu. Tout au plus pouvons-nous

WILLIAM JAMES

connaître par expérience que nous sommes en rapport avec quelque chose qui est plus grand que nous-mêmes ; mais que ce quelque chose soit un infini, il est impossible de le prouver Tout ce que la pensée est capable de faire dans le domaine rehg.eux ne peut consister qu'en ceci : mettre en ordre les faits les détermmer et les interpréter, mais non les produire. La' Phdosoph.e n est jamais ici que secondaire. Ce qui n'empêche pas qu elle puisse être très utile. Car la conscience religieuse exprime toujours ses expériences en des formes qui tirent leur ongme de la tradition intellectuelle à l'influence de laquelle elle est soumise. C'est pour cela que seule une comparaison cnfque peut nous procurer ce qui est immédiat et essentiel et le séparer du local et du contingent. En même temps, laphilo- ^h'e a pour tâche d'éliminer les opinions qui soït inconsé-

St '" r". ''""'"' '" '^'''"''°'^ «^^« l'expérience scientifique. On devra considérer ce qui aura subi ce purgatoire, comme des hypothèses dont la justification et la valeur pourront être l'objet d'une discussion plus précise, lorsqu'on les aura ramenées à leurs plus simples formes

Nous avons suffisamment parlé du point de vue de la théorie de la connaissance. Quelque énergiquement qu'il le mette en relief. James a cependant plus de goût pour la méthode psychologique, et c'est aussi cette façon d'envisager les choses qui donne à son ouvrage sa plus grande valeur

La psychologie de la religion fournit d'importantes contributions à la psychologie générale. Il y a beaucoup de phénomènes psychologiques qu'on peut surtout bien étudier dans le domame de la vie religieuse. Ainsi James fait ressortir que les phénonaènes religieux montrent combien est peu de chose la partie de notre vie mentale que nous sommes à même d'exphquer clairement et distinctement. La conscience ici traverse de nombreux degrés et vient se fondre dans l'inconscient ou. comme James aime mieux dire, dans le subconscient. Des impulsions et des pressenUmenls immédiats s'agitent en nous et souvent, sans que nous le remarquions nous-mêmes, nous donnent les premières prémisses sur lesquelles se fondent les pensées clairement conscientes. Les arguments conscients ne se meuvent souvent qu'à la surface de notre être, et une cerU-

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