‹ Philosophes et comédiennes (volume 2)Chapitre 20 sur 31 · TRADUIT DE L HEBREU · texte numérisé non relu

TRADUIT DE L HEBREU

Octobre «848.

DÀiNS LE CIEL

VOLTAIRE, JEAN-JACQUES, MADAME DE l'OMPADOUR, MARIE-ANTOINETTE, SAINT-JUST, NAPOLÉON.

Tous sont au balcon pour voir la France.

voltaire. — Ne dirait-on pas que ce sont des hommes, tant ils font du bruit, les gamins !

madame de pompadodr. — Des casseurs de vitres, qui se disent des révolutionnaires !

napoléon. — Phaéton est un symbole éternel que les rois devraient faire graver au fronton de leur palais. Tout gouvernement est le char de Phaéton, il monte, il monte, il monte, jusqu'à ce qu'il se précipite aveuglé par les

rayons de sa splendeur. Et quand il s'est précipité de luimême, les populations viennent se vanter d'avoir fait une révolution.

saint-just. — Ah ! quand je présidais la Convention à vingt-cinq ans, j'étais un révolutionnaire, moi; j'ai, comme le vieil Atlas, voulu porter la terre sur mon épaule pour la jeter dans l'abîme où les dieux façonnent les mondes, car la terre a fait son temps ; mais, quoique je fusse taillé en plein marbre antique, je n'ai pas même pu porter ma tête au delà du 9 thermidor.

marie-antoinette. — Cette belle tête, ô Brutus, que tu portais comme un Saint-Sacrement !

madame de pompadour, offrant une cigarette à Napoléon. — Allons, César, un peu de fumée de plus ou de moins. De la fumée! toujours de la fumée! encore de la fumée ! César et Napoléon ont remué le monde pour cela.

jean-jacques. — Aprèsla guillotine laborieuse de 1793, la mitraille fertile de Napoléon. La guillotine était une idée : elle dégageait l'avenir. La mitraille était une autre idée : elle chantait l'idée révolutionnaire aux quatre coins de l'Europe.

napoléon. — O penseurs, qui n'avez jamais mis la main à l'œuvre ! Vous avez gouverné le monde avec une plume : mais comment avez-vous gouverné votre maison? Voyez un peu où vos fils et vos filles sont allés en passant par l'hospice des Enfants-Trouvés? Après avoir tracé leur sillon d'angoisses, ils ont laissé aussi des enfants condamnés à la misère des sept péchés capitaux.

jean-jacques. — C'est la faute de la société.

napoléon. — Rêveur incorrigible! C'est la faute de Voltaire et de Rousseau, qui, en détruisant l'esprit de Dieu,

qui vaut bien l'esprit de Voltaire, ont détruit l'esprit de famille.

voltaire. — C'est la faute des prêtres, qui ont bâti trop d'églises sur le chemin du ciel; c'est la faute de l'Église, qui s'est meublée de trop de confessionnaux ; c'est la faute du confessionnal, qui a été habité par l'hypocrisie et la superstition.

màrie-antoinette. — C'est la faute de madame de Pompadour, qui a appris l'adultère à la France en s'asseyant sur le trône de Blanche de Castille.

madame de pompadour, allumant son cigare à celui de Saint-Just. — C'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma trèsgrande faute. Mais Marie-Antoinette n'y est-elle pour rien?

marie-antoinette. — Vous avez été coupable de monter sur le trône : ai-je été coupable de monter sur la guillotine?

saint-jdst. — C'est ma faute à moi ; car, comme Platon le disait d'Éphialte, j'ai versé toute pure et à pleine coupe la liberté au peuple, et le peuple enivré a perdu ma cause et la sienne.

jean-jacques. — Non, ce n'est pas ta faute, Saint-Just. Tu as bien fait de verser au peuple le vin pur de la liberté , car il a planté de ses mains, après le déluge de 1795, la vigne de la démocratie. Encore quelques coups de soleil et quelques gouttes de sueur, et le raisin mûrira. C'est la faute de Napoléon, qui a bridé la cavale révolutionnaire et lui a fait rebrousser chemin.

napoléon. — Oui, c'est ma faute si la France n'est pas retournée dans les forêts sauvages de la barbarie.

jean-jacques. — Si on retrempait la France dans la forte séve,de la barbarie, cela ne ferait pas de mal à tous les efféminés qui la gouvernent, tous ces hommes in-

quiets et inquiétants qui ont peur des coups de soleil et des coups de vent.

napoléon. — Rêveur ! rêveur ! rêveur !

voltaire. — Vous êtes tous des orgueilleux de vous attribuer la gloire de ces malheurs-là. Ce n'est la faute ni de Voltaire, ni de Rousseau, ni de la marquise de Pompadour, ni de la reine Marie-Àntoinètte, ni de Saint- Just, ni de Napoléon; c'est la faute de Dieu, qui fait la comédie et nous dicte nos rôles.

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