‹ Philosophes et comédiennesChapitre 25 sur 68 · C G JI >I E N T H 0 51 E R E SE FUT DEFENDU DEVAIT · texte numérisé non relu

C G JI >I E N T H 0 51 E R E SE FUT DEFENDU DEVAIT

Et si pourtant Homère était venu plaider sa cause devant Platon! « Tu me bannis, ô Platon! — toi qui acceptes le surnom d'Homère de la philosophie, tu ne m'as pas compris. Tu n'as pas compris la conclitsion morale de Y Iliade. Tout poëme est un sphinx, tout lecteur doit être un OEdipe. N'ai-je donc pas prouvé visiblement que les peuples sont toujours victimes du délire des rois? Je suis venu à la fin du monde primitif; l'aube du monde social a rayonné sur mon front; ce n'est pas Phemius qui a été mon maître, c'est le malheur. J'ai erré de ville en ville avec la Pauvreté pour toute compagne ; mais la Pauvreté est souvent la dixième Muse. Avec elle j'ai pénétré dans le sanctuaire d'Osiris, j'ai pris du feu sur l'autel, et, plus grand que Prométhée qui voulait créer des hommes, j'ai créé des dieux! L'Olympe est à moi. Jupiter et Junon, dans leurs embrassements radieux, boivent la volupté que ma poésie verse à longs flots.

« Ta République, ô Platon! elle était dans mon cœur. J'ai chanté la chute des rois et la royauté des nations. N'ai-je pas enseigné la liberté en chantant l'orgueil des peuples héroïques? N'étais-je pas républicain, quand

j'appelais 1rs rois dcmobores, mi dévoreurs de peuples? « Ne condamne pas ma Muse, ô Platon! tous ceux qui sont venus à elle ont bu son lait divin. Elle a dévoilé son sein fécond à toutes les destinées de la patrie. Elle a dit à l'antique Orient : Que la nuit tombe sur toi et t'ensevelisse ; elle a dit au monde nouveau : Tourne-toi vers le soleil; Apollon et Minerve sont avec moi. »

DE I.A PROSCRirTIOIN DES CD U R T I S A N ES.

Après avoir banni les poètes . Platon bannit les courtisanes.

En Grèce, les courtisanes étaient presque toutes des Muses ^ : Sapho qui chantait. Laïs qui représentait la beauté, Aspasie qui inspirait Socrate ou qui conseillait Périclès, Leontium, esclave d'Épicure, mais rachetant son cœur par son noble amour pour le beau Tymarque^.

• Quand les Françaises, adoptant le style grec, ont choisi l'habillement des courtisanes et non des mères ou des épouses athéniennes, stvaient-elles que les courtisanes étaient des Muses?

2 Léonlium prouve, par sa lettre à Lamia, que toutes les délicatesses de l'amour lui étaient connues. « Épicurc, qui tranche du Socr.ite, voudrait taire de moi une Xantippe Mais j'irai au bout du monde plutôt que de supporter la grossièreté de ses outrages. Tu connais ce jeune homme charnsant, né sur les bords du Céphyse. Ce l)eau Tymarque, qui me dit quand je lui parle : « Vous êtes si belle, a ô Leontium, que je n"enten<ls pas un mot, » ne m'a pas séduite en

Corinthe était le tabernacle de la volupté. Aussi, quand Platon proscrit la jeune Corinthienne, c'est comme s'il disait : « L'ardente courtisane. » Platon était un réformateur qui protestait contre la religion consacrée en protégeant la philosophie contre toute atteinte de l'amour. Les Grecs avaient dédié l'Académie à Minerve; mais ils y avaient porté en triomphe la statue de l'Amour. Par ce symbole, ils avaient voulu rapprocher la volupté de la sagesse. Montaigne, adoptant cette religion, n'a-t-il pas dit : (( Qui ôtera aux Muses les imaginations amoureuses, leur dérobera le plus bel entretien qu'elles aient et la plus noble matière de leur ouvrage; et qui fera perdre à l'amour la communication et service de la poésie, l'affaiblira de ses meilleures armes. »

Le tort de Platon, c'est de n'avoir pas été amoureux. Tout homme ici-bas qui n'a pas eu une heure de folie — la folie de l'amour — n'arrivera pas à la souveraine sagesse.

Platon se fût élevé plus haut encore s'il eût accepté les ailes de l'amour et de la poésie. Sa philosophie austère n'a pu frapper la multitude. Homère chantait, Platon parlait. La philosophie d'Homère est tout en images; celle de Platon est en sentences. Homère changeait les hommes en dieux et les dieux en hommes, pour que ses dieux fussent visibles et que ses hommes aspirassent à gravir l'Olympe. Platon élève si haut son Dieu idéal, que

me donnant les tuniques les plus précieuses, de loi" plein les mains, des esclaves venues des contrées les plus lointaines; mais il ma à jamais enchantée par sa voix et son regard. Qu'on ne me parle plus d'Épicurc : ce n'est plus un i)liilosophe, c'est un rustre de Cappadocc qui voit les remparts de Minerve pour h première fois »

ses disciples eux-mêmes ne peuvent l'entrevoir. Jésus- Christ était le dieu-homme et l'homme-dieu d'Homère. La philosophie de Platon est l'épouse glorieuse d'un dieu, c'est la iîère Junon. — Mais Platon a oublié que Junon, pour séduire, avait pris la ceinture de Vénus.

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