DES R \ C E $ D OR, I» ARGENT ET DE FER
A peine Platon a-t-il banni les poëtes et leurs fables qu'il se fait poëte et débite une fable lui-même. Du reste, on voit qu'il n'est pas habitué au mensonge et qu'il rougit de s'y abandonner même pour symboliser la vérité. « .le ne sais où prendre la hardiesse et les expressions dont j'ai besoin pour tâcher de persuader aux magistrats et aux guerriers, ensuite au reste des citoyens, qu'ils n'ont reçu qu'en songe l'éducation que nous leur avons donnée ; qu'en effet, ils ont été élevés et formés dans le sein de la terre, eux, leur âme et tout ce qui leur appartient; qu'après les avoir formés, la terre, leur mère, les a mis au jour ; qu'ainsi ils doivent regarder la terre qu'ils habitent comme leur mère et leur nourrice, la défendre contre quiconque oserait l'attaquer, et traiter les autres citoyens comme leurs frères, sortis comme eux du même sein. Mais, puisque j'ai commencé, écoute le reste. Vous êtestous frères, leur dirais-je, mais le Dieu qui vous a formés a fait entrer l'or dans la composition de ceux d'entre vous qui sont propres à gouverner les autres. Aussi sont-ils les plus précieux. Il a mêlé l'argent dans la formation des guerriers, le fer et l'airain dans celle des laboureurs et des autres artisans. Puisque vous avez tous une origine commune, vous aurez pour l'ordinaire des enfants qui vous ressembleront Mais il pourra se faire qu'un citoyen
de la race d'or ail un fils de la race d'argent, qu'un autre de la race d'argent mette au monde un fils de la race d'or, et que la même chose arrive à l'égard des autres races. Or, ce Dieu ordonne principalement aux magistrats de prendre garde, sur toute chose, au métal dont l'âme de chaque enfant est composée. Et, si leurs propres enfants ont quelque mélange de fer ou d'airain, il ne veut pas qu'ils leur fassent grâce, mais qu'ils les relèguent dans l'état qui leur convient, soit d'artisan, soit de laboureur. 11 veut aussi que, si ces derniers ont des enfants qui tiennent de l'or ou de l'argent, on les élève, ceux-ci au rang des guerriers, ceux-là à la dignité des magistrats : parce qu'il y a un oracle qui dit que la république périra lorsqu'elle sera gouvernée par le fer ou par l'airain. Sais-tu quelque moyen de leur insinuer que cette fable est une vérité? ))
Oui, il y aura toujours trois races d'hommes, celle qui vivra dans le pur rayon de l'intelligence, celle qui vivra dans le jour douteux de la vérité, enfin celle qui se complaira dans la nuit. Mais ces races d'or, d'argent et de fer se lèveront de la même couche sans distinction d'origines.