‹ Philosophes et comédiennesChapitre 38 sur 68 · LKS CENT ET UN TABLEAUX · texte numérisé non relu

LKS CENT ET UN TABLEAUX

Le père Deqiiel n'était pas homme à attendre que Tardif i'ùl mort pour se croire bien et dûment héritier des chefsd'œuvre. Son premier soin, ce ne fut pas d'apporter au moribond le viatique, ee ne fut pas de courir chez un médecin ou chez un apothicaire: ni l'àme ni le corps de Tardif ne louchaient son cœur; il n'était sensible que pour ses tableaux. Or, dès qu'il fut nanti delà donation écrite, il descendit dans la rue, rassembla une douzaine de vanu-pieds qui n'avaient rien à faire, il les ramena chez Tardif, et. pendant que le pauvre homme se lamentait dans son lit, il leur ordonna d'enlever tous les tableaux.

Le croira-t-on, il les décrochait lui-même avec une sombre avidité. Tous les petits chefs-d'œuvre flamands grands comme la main, il les réserva pour les emporter dans un lîacre. Les hommes qu'il avait amenés ne purent à ce premier voyage enlever que soixante tableaux. Il en emporta vingt et un dans son fiacre. Il laissa ainsi vingt tableaux chez Tardif. Il ne lui dit même pas qu'il s'en allait. De temps à autre, tout en décrochant des tableaux, il avait jeté un regard furtif sur le lit et s'était assuré que le pauvre homme tombait de plus en plus dans le délire.

Cependant tout le voisinage était indigné de cette profanation, de cette impiété, de ce sacrilège commis par le révérend père. Mais comme, après tout, depuis quelques mois. Tardif ne voulait entendre parler d'aucun de ses voisins, et que nul ne s'intéressait à un vieux fou retiré du monde dans un cabinet de tableaux, on laissait aller les choses, — comme à la comédie où on laisse commettre tant de crimes sans songer à s'y opposer.

La matinée se passa; le père Dequet n'était pas encore revenu de son voyage ; sans doute il avait fallu disposer

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