‹ Philosophes et comédiennesChapitre 40 sur 68 · DE TARDIF · texte numérisé non relu

DE TARDIF

de fornjidabU's appas, qui devaieiit cffarourlier un saint honinio de jésiiito. Il s'en alla, mais bien décidé à revenir bientôt avec une armée de gens de lois. Gillot avait écrit aux parents de Tardif. Le frère du défunt, qui faisait un voyage à Paris, vint demander de ses nouvelles le jour même de sa mort. Gillot le mit au courant de tout ce qui s'était passé et lui conseilla de plaider contre les jésuites pour ravoir les tableaux, convaincu qu'une si respectable compagnie n'oserait jamais soutenir un tel procès. — Si vous retrouvez vos tableaux, dit la barengère, vous m'en donnerez un de mon ami Gillot, qui représente un ensorcellement, je me trouverai assez payée des soins que j'ai donnés à votre frère. — Pour moi, dit Gillot, je ne demande pas si peu, je réclame douze bouteilles de vieux bourgogne pour m'ensorceler douze fois encore avant de mourir moi-même.

Ce que je viens de raconter n'est que la préface d'une cause célèbre qui est consignée dans le douzième volume de l'édition Ricbé, l'ancien avocat au parlement qui a recueilli les plaidoiries de tous les procès curieux des dix-sept et dix-buitième siècles '.

« Après trois audiences, de deux beures cbacune, les (( révérends pères jésuites du noviciat furent condamnés à « restituer les tableaux et à payer la valeur de ceux qu'ils (( disaientavoirété égarés. Ce jugement est du 9 août! 729. « Il n'y eut point d'appel.

1 CeUe cdilion est de 1776. Elle a élé publiée à Amslcnlam, chez Marc-Micliel Rey. I^';itïaire des cent cl un tableaux n'y lient (juc vini^tsept pages, 445 à 470.

184 LES CENT ET UN TABLExVUX DE TARDIF.

K On remarqua parmi les témoins le sieur Gillot, peintre « à l'Opéra, et la demoiselle Marie-Anne Vatout, haren- « gère, qui furent considérés comme les meilleurs avocats (( des héritiers. »

Les tableaux retournèrent aux héritiers , qui en firent la vente avec quelque bruit. Que sont devenus ces chefsd'œuvre si chers à Tardif, ces lumières de ses yeux et ces joies de son esprit? Ont-ils fait le tour du monde? C'est l'histoire de la filiation et des migrations des peuples. J'ai mis la main sur une tête très-éveillée et très-lumineuse qui n'est pas signée, mais qui trahit la touche gaie et riche de Gillot, cet enfant prodigue qui s'est attablé avec des courtisanes jusqu'au soir de la vie. Or, au revers du panneau on lit en caractères très-visibles encore : Collection Tardif. Le pauvre homme! S'il savait que ses ivresses et ses angoisses ont été comprises — plus de cent ans après sa mort!

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