MAUIAN.NE, LA MARQUISE
LA MARQUISE, revenant sur la ïcéne par une autre allée.)
Ah çà, Marianne, il ne viendra donc personne?
MARIANNE
Pour vous désennuyer, madame, je voulais presque vous envoyer M. le marquis.
DE LA ^lAIIQUISK lô\
LA M.Vr.QUISF.
Que dites-vous donc là, Mari-inne? On voit bien qu'on n'a pas grand'peine à vous désennuyer, vous.
5IARIA>'AE, flvoc dépit cl (lt'i)Oii:in! son t.ililior.
M. le marquis a mieux aimé me tenir compagnie, j'en ai encore des vapeurs.
Des vapeurs! Voyez-vous ces grands airs!
MARIANNE
Ce n'est pas contre moi, madame, qu'il faut vous irriter.
Ah! ne vous justifiez pas, je ne suis jalouse de personne, et vous comprenez bien...
MARIANNE, à |>art.
Je ne comprends pas du tout.
M. de Vermand a tout simplement voulu voir le fond de votre cœur.
MARIANNE
Mais M. le marquis n'a rien à voir là-dedans, j'imagine.
LA MARQUISE, à part.
Est-ce que c'est possible! Je veux en avoir le dernier mot. D'ailleurs, voilà un secours contre l'ennui, car il y a là un commencement de comédie. Est-ce que je vais trouver un prétexte à caprices? (Haut.) Écoutez, Marianne, je vous permets de rire un peu avec M. de Vermand, cela m'amusera.
MARIANNE
Mais, madame, savez-vous si je me permets cela à moimême? (k pan.) Et Nicolas!
LA ilARQUISE.
Voyons, ne faites donc pas tant de façons. La belle affaire, en vérité, que de sourire aux jolis propos ! Soyez tranquille, votre vertu ne sera pas en jeu.
MARIANNE
Madame en parle bien à son aise.
Ne raisonnez pas et faites ce que je vous dis. Tout à l'heure M. de Yermand repassera par ce bosquet ; soyez coquette au possible; faites-lui toutes les agaceries du monde.
MARIANNE, avec naïveté et avec malice.
Mais, madame, je ne suis pas savante là-dessus. (A pan.) — Et franchement (se tournant vers le spectateur), entre nous , je n'ai pas besoin de cela.
LA M.ARQUISE.
La sotte! Est-ce qu'on ne sait pas ces choses-là sans les apprendre?... du moins, il me semble... On se laisse aller et on va toute seule.
MARIANNE
Mais comment renouer avec M. le marquis? je suis bien sure qu'il est dépité contre moi.
Voyons, que je vous fasse la leçon. M. de Vermand
passe près de vous, vous le regardez du coin de l'œil ; s'il passe outre, vous l'arrêtez par votre voix.
MARIA.N.NE
Mais que lui dire? car enfin on ne peut pas parler sans rien dire.
Enfant! Au contraire, on parle toujours sans rien dire. Voilà le grand esprit des femmes, qui disent tant de choses sans parler.
MARIANNE
AIî! la parole n'y est donc pour rien? '
Si M. de Vermand ne s'arrête pas, vous lui parlerez avec trouble sans savoir ce que vous dites.
MARIANNE
C'est cela. Je lui dis : Monsieur le marquis, où en étionsnous donc tout à l'heure? Vous me chantiez que ma bouche était un rosier; vous me demandiez pour qui étaient toutes ces roses. 11 était aussi question d'un collier.
Quoi, Marianne ! M. de Yermand vous a dit cela! C'est impossible. Voyez comme ces hommes sont des sots! Gentil-Bernard n'eût pas mieux dit : « Votre bouche est un rosier; » mais c'est divin. M. de Vermand n'a jamais eu l'esprit de m'en dire autant. Mais je crois que c'est lui qui vient. (Se rapprochant de Marianne.) C'est entendu, VOUS savez bien votre rôle. (A pan.) Ah ! monsieur de Vermand ! sa bouche est un rosier. Prenez garde, il y aura des épines pour
25i LES CAPRICES
vous. (Haai.) Jouez bien la comédie, Marianne. N'allez pas trop loin, vous savez... jusqu'à un certain point.
MAr,IA>NE.
Je n'en sais rien du tout, madame. Jusqu'à quel point?
Accordez un rendez-voiy^, pas davantage. D'ailleurs je serai là dans le pavillon. Je ne suis pas jalouse, au moins :
je suis curieuse. (Elle sejeue dans le iiavillon et pousse la porte.)
MARI Aïs NE.
Voilà de la curiosité bien placée!