CONCLUSION
Nous connaissons présentement la poche dorsale, la nature et l’objet du fluide qui y est renfermé : nous savons que c’est un fait préexistant à la formation de toute substance médullaire. Nous aurions donc ramené les anencéphales à quelque chose de plus simple que ce qu’on en pensait; à un âge de la série des développemens ; à n'être enfin qu’un fœtus sous les communes conditions, chez lequel un seul organe n'aurait point participé à ces transformations successives qui font le caractère de l’organisation.
Anatomie et Physiologie du Système nerveux, etc., tome, page 2. Voyez aussi l’article acéPæALE du Dictionnaire des
Sciences médicales , par les mêmes anatomistes.
sosnj Louer à
D'UN MONSTRE HUMAIN NÉ EN OCTOBRE 1820 > ET ÉTABLISSEMENT A SON SUJET D'UN NOUVEAU GENRE * SOUS LE NOM
p'HYPÉRENCÉPHALE.
Sr propose-t-on d'entreprendre des recherches sur les premières formations animales, on remonte de plus en plus dans la série des âges, on compare tous les degrés de la vie intrà-utérine; et dans la quantité des anneaux de cette longue chaine des matériaux organiques, dont les enlacemens multipliés et divers produisent les tissus des animaux, le génie saisit quelques faits, et se commet enfin dans les hautes questions de l’histoire de la vie. Mais se propose-t-on les mêmes recherches en se fixant sur la nature des obstacles qui entravent la marche des plus simples élaborations, on est privé des mêmes avantages. Nous n’avons point encore réussi à diriger les formations organiques au point d'y introduire un désordre conditionnel, d'y créer
à volonté des difformités (1). Nous ne sommes avertis de l'existence d’une monstrüositéque quand. elle échappe du lieu où elle s’est formée et développée; et alors il ne nous est donné de Papprécier que lorsqu'elle est définitivement produite, © este à-dire que si elle est arrivée au degré fini de ses développemens possibles.
Ainsi les ressources de l’investigation diminueraient, quand augmenteraient les difficultés du problème.
Mais cette conséquence est-elle rigoureuse? En changeant de sujet d’études, ne se doit-on pas de varier ses procédés de recherches? Et, dans le vraa, aurait-on tiré tout le parti possible de la corisiifé: ration des placenitas, paf exemple ?
Le placenta forme lun des plus riches sujets'que l'anatomie comparative puissé aujourdhui sé proposer. On né l’a pas encore distingtié en ses diverses époques de développement; cé qué, pour émbrässer cé sujet comme je le conçois, on aura d’abord à faire. Gangue productrice, un plaéenta contient les rüdimens du fœtus; il en éngendre les parties, 1l les protége et les substanté. Si n’en étant toujoûrs
(1) Je ne seche pas qu’on l’ait tenté avant moi. J'ai livré à v incubation d’une poule des œufs en partie vernissés, avec l’ espoir d'influer sur le dévéloppement des fœtus. Je‘ dirai plus. tard quels ont été les résultats de cette expérience.
qu'une annexe, et puisant au dehors une nourri ture. tout élaborée, et par conséquent convertible en organes au moment même de son ingestion, le placenta use cependant à son profit davantage de son pouvoir d’assimilation, c'est pour agir comme organe fini et avec une: puissance plus efficace. Dévoué, je puis le dire, et toujours subordonné, il parcourt rapidement toutes les périodes de son existence pour mieux favoriser les commencemens dela vie du fœtus : ilse flétrit,et meurt enfin, quand celui-ci peut et doit se suffire à lui-même.
Si les placentas forment ainsi de premières ordonnées pour l’organisation animale, que de con: sidérations ne sont-ils pas dans le:cas de fournir à l’histoire, des monstruosités !: J'ai moi-même déjà constaté que de la seule situation de leur principal foyer sanguin résultaient.les effets les plus étonnans. À dos des fœtus, et formé par un üssu mince et serré contre l'animal, le, placenta fait plus vivement ressentir son influence à la partie de l'être qu'il recouvre. La colonne épinière est plus nourrie; le tronc, et souvent aussi la tête, grandissent outre mesure. Mais,comme il faut qu'un sacrifice s'ensuive et soit autre part imposé, c’est-à-dire que notre principe du balancement des organes reçoive en toute circonstance son application, ou les membres n'existent plus, ou ils se trouvent réduits à de simples moignons : c'est en
effet ce que montrent les serpens chez les reptiles, et les taupes ou les phoques chez les mammifères.
Que le placenta prenne chez l'homme pathologiquement cette situation renversée, et nous avons ces conformations vicieuses, dont une des plus célèbres est celle du nommé Petit-Pépin (1), phoque par les proportions de son corps; ou bien encore celle d’une Américaine, mademoiselle Honywell, qu'on voyait à Paris, au Palais-Royal, dans les commencemens de 1821, et dont les difformités reproduisaient, pour le nombre et l’arrangement des doigts, les caractères de la chrysoclore du Cap. | 0
Il'est donc certain que si les monstres ne four: nissent à l’observation qu'une seule époque de leur développement, du moins pour les recherches dont ils sont l’objet, il'est de suffisantes compensations, le sac ou l'œuf, dans lequel ils s'organisent, pouvant devenir pour le PAT PE ES le sujet des plus importantes études. :
Ces aperçus m’avaient engagé à désirer de Joindre aux considérations anatomiques des fœtus
fx ).Cet homme, qui avait les mains et. lés pieds bien confort, més, et dont toute la monstruosité consistait dans un raccour-, cissement extraordinaire des autres parties des extrémités , est : figuré dans les planches coloriées de M. Regnault. Son re conservé fait partie de la riche collection de la Faculté de médecine de Paris.
monstrueux celles dont peut être susceptible leur poche de formation.
Comme je regrettais de n'avoir trouvé nulle part de sujets monstrueux conservés avec leur placenta, je fus frappé d’une observation publiée dans le Journal complémentaire, etc. ; observation où l’auteur, M. Duchôâteau, chirurgien de l’hôpital militaire d'Arras, faisant connaître une nouvelle monstruosité, insistait sur quelques adhérences, à l'égard desquelles le placenta jouait un principal rôle.
Entré sur ce fait en correspondance avec M. Duchâteau, et ayant été informé que sa préparation existait encore avec toutes les circonstances désirables, je souhaitai voir ce fœtus, qui avait conservé ses rapports avec ses enveloppes, et M. Duchâteau voulut bien me l’adresser.
Je rapporterai d’abord l’observation de M. Duchâteau, comme il l’a donnée dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des Sciences médi-
cales , tome 8, page 377 :
pr « « La se d’un menuisier d'Arras, age de plusieurs enfans très“bien constitués, n'avait pas eu ses menstrues depuis qu’elle avait sevré son dernier enfant. Quinze mois s'étaient écoulés, lorsqu'elle éprouva une altération dans sa santé : elle eut plusieurs petites hémorragies génitales, qui étaient suivies d’une évacuation séreuse très-abondante. Si les évacuations cessaient, elle éprouvait un gonflement du bas-ventre très-incommode, et ses forces diminuaient chaque jour.
« Cette femme accoucha d’un enfant, du sexe masculin, le 17 octobre 1820. Lo
« Cet enfant paraissait avoir six mois de conception ; car son poids, avec ses annexes, étaient de trente-deux onces, et sa longueur de douze pouces. Quoiqu'il éxistät au moment de sa naissance, la mèré ne l’âvait pas encore senti. Cet enfant présentait des altérations dans les trois cavités splanchniques. :
«1° La téte. Le cerveau n’avait pas ses énveloppes ‘osseuses complètes; car lès pariétaux, la portion verticale du çcoronal et la partie supérieure de l’occipital n'étaient pas ossifiés. Le cuir chevelu était intact, excepté dans sa partie supérieure et latérale gauche, où l'on voyait une espèce de cicatrice; et près de la région de l'oreille partait une membrane laige d’environ un pouce et longue d’un : pouce et demi, qui'allait s’atticher au centre du placenta , non loin de l'insertion du cordon ombilical : il y avait à la face un bec de lièvre double.
«2° Thorax. Le cœur était situé hors de la poitrine, vers sa partie antérieure et supérieure ; sa pointe était dirigée en haut, du côté gauche. Il était dépourvu de péricarde, et on l’a vu palpiter pendant trois quarts d'heure : à la même hauteur et du côté droit, il y avait une masse grosse comme 'üne noix, d'u tissu qui paraissait être, pulmonaire. 1! Homo
« 3° Abdomen. En dessous et. sur la ligne | fines était une tumeur pyramidale, attachée par son côté interne, au moyen d’un pédicule très-court et d’un pouce 1 CpANQERE, à la partie inférieure de la poitrine : la pointe de cette ‘tumeur descendait jusqu au pubs. La membrane qui la recouvrait était séreuse : : on pouvait pr au travers de son épaisseur le foie situé à la partie supérieure. Le cordon ombilical était de huit pouces : à son insertion 4 au nombril, il se bifurquait. Une des branches entrait dans le bas-ventre par un infundibulum, et l'autre tenait
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à la tumeur, en se dirigeant vers le foie. »
Je ne suis point dans l'usage de faire d’aussi longues citations ; mais on sentira que je devais user d'une pareille déférence à l'égard de M. Duchateau. Ce qu'il ne s'était point accordé, il a bien voulu me le permettre : j'ai disposé de son sujet, que j'ai disséqué avec notre célebre anatomiste M. Serres. Si donc je suis en position d'ajouter à la notice de M. Duchateau, je le dois à sa généreuse communication, et je me plais à lui en témoigner publiquement ma gratitude.
Fixé sur une nouvelle monstruosité, où le cœur, le foie et le cerveau existent en dehors de leurs cavités ordinaires , Je ne puis me contenter d’avoir à signaler de nouveau ces singularités, et de pouvoir les apporter en preuve de ces mille et un désordres, qui, comme on l’a si souvent répété, sont susceptibles d’affecter indéfiniment l’organisation. Ce qui, ce me semble, mérite présentement d’exciter notre intérêt, ce n’est plus ni le nombre des cas monstrueux, ni la bizarrerie souvent révoltante des difformités. Votre nouvelle école, où les faits se groupent , s’enchaïinent et s'élèvent à leur généralité, est plus exigeante. Nous ne saurions nous dispenser aujourd'hui de nous porter sur l’ordonnée de ces désordres, sur la raison du remplacement des anciennes par les nouvelles conditions des développemens, sur les causes enfin de tant de per-